jeudi, novembre 18, 2010

Passé décomposé - Chapitre 4

Des photos en noir et blanc. Trois bobines de films 8mm en couleur. Des diapositives. Des papiers, des lettres surtout. Tout y était. Je me sentais comme si on venait de me frapper avec une batte de baseball. Mon cerveau était en panne parce que trop de choses y avaient été tout à coup entassées. J’avais les bras et les jambes engourdies et ma gorge était remplie de bile. J’aurai aimé pouvoir crier comme Mathieu venait de le faire. J’aurais aimé pouvoir m’enfuir, aller le rejoindre sur le patio derrière et frapper le bois de mes pieds et de mes jambes, de jurer comme un fou vers ce ciel qui ne nous retournait plus que du bleu d’une pureté indécente.
Comme il devait rigoler, notre cher père, du haut de son nuage ou du fond de son enfer personnel, si une telle chose existait. Sur le coup, je le détestai. Toute ma certitude sur la réalité de ce qui m’entourait venait de s’effondrer. Comment pouvait-on être certain de quoi que ce soit si de telles choses pouvaient surgir comme ça pour détruire toute les certitudes en une seule matinée? Je n’étais pas étranger aux principes fondamentaux bouddhistes qui établissent dès les premières lectures des débutants que tout est impermanence. Rien n’est aussi véritable que ce que l’on croit. Notre esprit façonne la réalité, interprète ce qu’il voit, juge, rejette, transforme, déforme les événements, les souvenirs, même les couleurs, pour que cette réalité s’adapte à notre perception interne. Même le « moi » qu’on croit être la seule chose qui soit vraie dans ce labyrinthe de chimères est aussi futile et fragile que le reste, si ce n’est le pire. Mais, j’avais tout de même une réserve dans ces préceptes savants, qui faisaient tout de même du sens : il y avait des choses qui, qu’on le veuille ou non, étaient vraies et on ne pouvait le réfuter à moins d’être un savant passionné de physique quantique. La chaise sur laquelle je m’assieds, est un siège solide sur lequel repose mon corps au moment où j’y suis assis. J’ai vu et j’ai été fasciné par le film « La matrice » dans lequel même cette constatation peut être discutable mais le fait est que dans ce que je perçois il y a des choses qui sont vraies, solides, pertinentes, nonobstant toutes les théories et philosophies que les savants de ce monde peuvent émettre.
Une de ces réalités à laquelle nous nous étions tous accrochés était la mort de notre mère. Or, voilà que cet ensemble complexe de souvenirs, de cauchemars, de tristes moments de rappel de son court passage sur cette terre, de joies partagées avant et après son départ, avec ou sans notre père s’est effondré comme un vulgaire château de cartes par la seule petite brise empoisonnée de la vérité.
Ma mère n’était pas morte.
J’avais l’impression d’être entré de plein fouet dans un mur de ciment et qu’au lieu de me briser le crâne, il y avait des dizaines de clowns qui me pointaient du doigt en hurlant de rire. Toute cette ribambelle de tristes individus me tenaient par le bras et balançaient mon corps disloqué sur un fond de poussière toxique, de feux éternels. Cette douleur qui me déchirait les entrailles n’arrivait pas à se frayer un chemin pour éclater au grand jour. Je restai là avec les documents entre les jambes, mes yeux brûlants de larmes invisibles. Dans ma tête étourdie par le choc, il n’y eut pas une seule question qui ne comporta pas en filigrane le mot « pourquoi » inscrit de multiples façons, bombardée par une équipe de kamikazes invisibles qui passaient chacun des mes organes internes à la baïonnette en hurlant des mots étranges d’une voix éraillée.
Maman était vivante.
Peut-être étais-je mort sans le savoir. Toute cette mise en scène n’était peut-être qu’un dernier sursaut de mes neurones fatigués et mon cerveau venait à peine de commencer sa lente décomposition. La vermine s’emparerai de moi et je ne pourrais plus crier ou me débattre pour les en empêcher. La mort m’allait si mal. Il me fallait vraiment mourir de cette mort, doublement m’échapper de ce cul de sac au bout duquel je me terrais, dos à un mur froid recouvert de lames qui me perçait doucement les chairs. Je fermai les yeux mais toute la douleur de la lumière resta imprégnée dans mes pupilles. Je ne sais plus si je respirais. Si la mort venait, elle serait tout ce qu’il y a de plus bienvenu au terme de cette vie tumultueuse à la finale orgiaque. C’en était fait de mes petits moments de bonheur de dernière minute. Je ne me souvenais même plus du nom de cette femme avec laquelle j’avais fait l’amour quelques heures plus tôt. Non plus de son visage. J’étais seul au centre d’un trou noir qui allait d’un instant à l’autre m’aspirer, m’amener dans le vide d’un monde qui, au fond, n’a pas de sens. C’était une bonne blague. Dieu, s’il existait, devait bien rire du haut de son immense grandeur.
Puis, comme si quelqu’un venait de prendre la main à la toute dernière minute, je ne sentis secoué et une voix, issue d’un profond puits, parvint à m’extirper de ma folie. Cette voix, je la connaissais mais je n’arrivais pas à lui donner un nom. Je ne le sus que lorsque je sentis la colère monter en moi. Du coup, je revis toutes les engueulades que j’avais eu avec Mathieu, de nos prises de becs irréconciliables qui faisaient de nous deux ennemis fraternels. Mathieu était là, gigantesque, devant moi, me secouant les épaules :
- François, il faut aller la retrouver.
Il répétait incessamment cette phrase, martelant ma tête de sa voix agaçante. Il avait les cheveux défaits, sa bouche exprimait un rictus de démence et ses yeux, encore écarquillés par la terreur, me fixaient avec trop d’insistance, me menaçaient. J’étais prisonnier de sa présence, moi qui aura souhaité alors m’enterrer loin dans une forêt enchantée, pour retrouver les petits bonheurs tout simple de ma vie d’avant. Au fond, dette réaction était bon signe car je me retrouvais encore une fois les deux pieds sur terre.
- Répond-moi, François. Dis quelque chose. Il faut aller la retrouver. Elle est vivante.
Il me gifla et toute ma cage de verre vola en mille morceaux si fin que j’en respirai une bonne bouffée, irritant ma gorge et empoisonnant mes poumons. J’étais de retour mais je ne connaissais plus ce monde dans lequel je me trouvais. Ce n’était plus ma réalité. C’était celles des autres.
Je regardai au tour de moi et le visage de Mathieu m’apparut enfin comme celui d’un adulte à l’âme d’un enfant perdu. Je le pris dans mes bras mais je ne savais plus lequel de nous deux avait besoin de se faire rassurer. Nous sommes restés comme ça quelques secondes à peine car il me repoussa en me demandant de reprendre mes esprits. J’en fus secoué : mon petit frère que me disait de revenir sur terre, d’affronter la réalité.
Je lui tapotai une joue et retombai sur mon fessier et regardant d’un regard panoramique tous les papiers autour de nous.
Je levai les yeux vers la porte du coffre-fort et son contenu vidé à mes pieds. En un clin d’œil, je me revis mettre la main à l’intérieur, quelques minutes plus tôt, anxieux de trouver enfin cette vérité que notre père nous avait cachée. J’entendis encore les questions en série de Mathieu derrière moi qui s’était rapidement rapproché, n’en pouvant plus de me voir prendre tant de temps pour en examiner le contenu :
- Et alors, c’est quoi. Regarde, il y a des photos. Regarde cette femme! Il y a des factures, des tas de factures…
- Arrête de poser des questions, m’étais-je écrié et lui enlevant les doigts de l’intérieur du coffre. On va procéder avec soin, c’est la moindre des choses. Je vais prendre une chose à la fois et te la passer.
Il grommela quelque insulte entre ses dents et suivit mes gestes du regard : je sortis le paquet de papiers, de photographies et d’enveloppes empilées pêle-mêle entre les quatre murs d’acier. Puis, tout doucement, je me suis assis au beau milieu de la pièce, avec lui à mes côtés, jetant des regards inquiets sur la pile que je déposai doucement devant moi. Nous étions beau à voir, à ce moment-là : deux enfants en quête d’un passé révolu qui allaient explorer tout un pan caché de l’existence de leur père. Mais cette exploration, nous ne le savions pas encore, allait vite prendre une voie digne du pire des cauchemars.
Je pris une photographie sur le dessus de la pile. C’était un cliché en noir et blanc. On y voyait une jeune infirmière au regard sévère, les bras raides se rejoignant devant par les mains. Sa coiffure rappelait celles des années soixante. À sa droite, une personne était allongée sur le lit. Cette personne, dont les bras et le visage étaient recouverts de bandages ne pouvait être identifiée mais nous sûmes immédiatement qu’il ne faisait aucune doute que c’était une photographie prise le jour de l’accident dont avait été victime notre mère en 1960. Peut-être était-ce là ses derniers moments et mon père en avait capturé une macabre image. Je retournai la photo et y lut la date et une note : 29 avril 1960, A. vient d’être installée dans son nouveau lit. Je fus parcouru d’un frisson. Quelque chose clochait. Notre mère avait été admise à l’hôpital Sacré-Cœur dans la nuit du 26 au 27 avril 1960 et était décédée des suites des ses blessures dès le lendemain matin. Je distinguais bien la forme du « 9 ». Ce n’était pas un « 7 ». 29 avril. Le jour des funérailles. Le point culminant de notre semaine deuil. Les gens qui nous entouraient, les vœux de sympathie, les tantes qui voulaient nous materner, Mathieu du haut des deux ans qui cherchait sa maman en pleurant sans cesse. 29 avril, jour de la fin de la fin. Un toute petite fin du monde, comme l’a chanté Michel Rivard.
Je la déposai à mes côtés et pris un second cliché. Cette fois, c’était un gros plan du visage enveloppé de bandelettes blanches sur lesquelles on pouvait voir des taches grises. On distinguait les yeux qui fixaient la caméra. C’étaient bien ceux de notre mère mais je pus y lire de la peur ou même de la folie. C’était insupportable. Mathieu, à mes côté, s’était emparé de la première photo. « C’est maman. C’est sa dernière photo. » disait-il en pleurant.
- Il y en a d’autres…
Je retournai celle que je tenais entre les mains et pus y lire :
30 avril. Premiers traitements. Vu docteur Lapierre.
Je ravalai ma salive et réprimai un haut le coeur. Cela ne pouvait être vrai. Ma mère était morte et enterrée en ce jour-là. Il ne pouvait s’agir d’elle sur ce cliché. C’était une triste mise en scène pour nous troubler. Je ne pouvais croire ce qui émergeait en moi.
Je brassai les photos et les étalai sur le sol. Tous ces clichés en noir et blanc dataient plus ou moins de cette période. Il y en avait une trentaine. Une femme dans un lit d’un blanc immaculé, enveloppée de bandages, qui fixait la caméra, une infirmière à ses côté.
Mathieu n’avait pas encore remarqué que quelque chose ne cliquait pas. Il dévorait des yeux cette femme enveloppée dans ce qu’il prenait pour un linceul. Pour lui, qui n’avait de souvenir d’elle que des images de son beau visage souriant près de la piscine ou dans une fête de Noël, c’était un témoignage de l’au-delà, une autre certitude de sa mort. Malgré le côté grotesque de la chose, c’eût être en effet le dernier point final à cette tragédie. Il en était témoin, selon sa vision et peut-être que ça le rassura. Je n’osai lui dire que c’était faux. Je fus pris de vertige en prenant une enveloppe dont je relevai le rabat en tremblant. Je tirai les quelques feuilles et lut, dessous l’entête d’un hôpital psychiatrique, la lettre d’entente signée par le médecin en chef et mon père et qui se lisait comme suit :

Hôpital Psychiatrique Ste-Marie-de-Mauricie
35 Route des Vétérans
Côte-Cachée, Québec

Entente de services entre RAYMOND GÉLINAS
et la direction de l’hôpital

Nom de la patiente : CÉCILE MONETTE

L’hôpital s’engage à :
- Offrir des services de soins de santé pour les grands brulés à la patiente pour une période d’un minimum d’un an (renouvelable au jour et au mois indiqués à la date de signature ci-dessous);
- Offrir des services de soins psychiatriques au besoin pour la même période;
- Offrir le gîte et la nourriture ainsi que subvenir au besoin de base de la patiente dans les limites citées ci-dessous;
- Fournir un rapport mensuel sur l’état de santé physique et mental de la patiente au demandeur ;
- Ne pas divulguer le nom du tuteur, ci-nommé demandeur, à qui que ce soit sans la permission de ce dernier ;
- À veiller à ce que la patiente demeure sous les soins de l’hôpital jusqu’à ce que le demandeur et les médecins traitants jugent que celle-ci est apte à retourner dans la société sans être un danger pour elle-même ou autrui.

Le demandeur s’engage à :
- Payer le montant mensuel de 1 200 dollars payable par 12 chèques postdatés à l’Hôpital pour la première année de services, soit du 29 avril 1960 au 28 avril 1961 ;
- Fournir les vêtements de base, ou tout autre article demandé par la patiente, selon les besoins et dans les limites du raisonnable ;
- Payer les frais supplémentaires des opérations jugées nécessaires par le médecin traitant pour les besoins médicaux et/ou psychiatriques.

Signé par le demandeur

(signature)
RAYMOND GÉLINAS
Ce vingt-neuvième jour d’avril mil neuf cent soixante

Et cosigné par l’autorité mandatée par la présente entente :

(signature)
Dr ARMAND LAPIERRE, PSYCHOLOGUE, CHEF DU DÉPARTEMENT

Ce vingt-neuvième jour d’avril mil neuf cent soixante


Il y avait une dizaine de copies contenant à peu près le même texte, datés des années suivantes, jusqu’en 1972. J’avais la gorge en feu. J’avais envie de hurler. Pourquoi avait-il fait ça. Je tendis les feuilles à mon frère qui voyait bien que quelque chose n’allait pas car j’avais les yeux exorbités, le visage rougi par la colère à peine retenue. Il regarda les feuilles et j’entendis monter en lui le murmure de la douleur jusqu’à ce qu’elle se transforme en cri. Il jeta les feuilles devant lui et se leva d’un bond. Il éparpilla les autres papiers d’un violent coup de pied.
- Le maudit chien sale! Le crisse d’enfant de chienne! S’il n’était pas déjà mort, sacrament, je le tuerais le câlisse d’ostie de tabarnaque!
Ses jurons n’avaient aucun impact sur moi. Je me balançais d’avant en arrière, mes griffant les avant-bras comme un enfant perdu dans un boisé. Je suis resté là alors qu’il défonçait la porte d’un coup de pied, jetait les bibelots de faïence sur le sol où ils se brisèrent avec fracas. Il monta les marches quatre par quatre et s’enfuit dehors où il me laissa sombrer dans mon propre monde peuplés de fantômes gris qui m’encerclaient. Toute cette vie à croire que l’être le plus cher au monde n’était plus qu’un ange ou une esprit vagabondant dans l’espace éternel venait de se brouiller, ne laissant place qu’à la folie de l’incertitude.
J’étais encore là, parmi mes ombres, quand il me secoua les épaules. Il répétait sans cesse : « Il faut la retrouver. »
Il y eut un peu de lumière, celle du soleil qui atteignait son zénith en cette journée d’automne. Il était plus de midi. Tous les papiers, toutes les photographies, les cartons éparpillés sur le sol m’appelaient. Je voulais tout savoir. Mais il n’y avait plus de temps. Il fallait se rendre au salon funéraire. Je devais passer chez moi, retrouver Mercédès, de tout lui dire. Non, ne pas lui dire, ne rien lui dire. Ne pas l’entraîner dans ce cauchemar. Ou plutôt, si, lui permettre de me garder contre elle et me guider car je n’avais plus de père mais j’avais retrouvé une mère dont j’ignorais tout de sa vie, de son enfer à elle, d’avoir été privé de nous pendant toutes ces années. Était-elle seulement encore vivante? Était-elle morte une deuxième fosa ans que le sachions? Et puis, devais le dire aux autres, les entraîner à leur tour dans cette folie?
- Il faut partir, Mathieu. Ramasse tout ça. Prend un grand sac. Il va falloir tout lire ça pour comprendre ce qui s’est passé. Vite! Il faut sortir d’ici. J’étouffe.
Il fourra toute la paperasse dans un sac recyclable et cracha au fond du coffre-fort avant de pousser la porte avec violence et tourner le cadran :
- On aurait dû laisser tout ça et laisser les morts en paix. Pourquoi a-t-il fait ça? C’est complètement débile.
- Il devait une bonne raison et c’est ça qu’on va chercher à savoir. Ça et savoir ce qu’il est advenu d’elle.
- Et si elle est encore vivante, on va faire quoi? Tu t’imagines de rencontrer une veille dame de quatre-vingt passés et lui dire comme ça : « Salut, m’man, c’est moi François, ton fils! » Crisse, ça va la tuer. Moi, je ne l’ai jamais connu. En tout cas, je m’en souviens plus. Je ne sais même pas de quoi elle avait l’air vraiment. Juste trois ou quatre photos, toujours les mêmes.
J’en frissonai. Mon père avait en effet donné toutes les photos de notre mère à ses parents dévastés par le drame. Il n’avait gardé que des photos où nous étions tous présents dont une où on voyait le petit Mathieu, à peine âgé de deux ans qui braillait on ne sait trop pourquoi et ma mère qui souriait comme si rien n’était. Ou encore moi, habillé en cow-boy (pour l’Halloween?) qui lui met le canon dans la bouche avec un éclat de rire qui me déformait la bouche. Je me souviens aussi de cette photo de Noël, son dernier, où elle avait l’air perdu, peut-être un peu triste, le regard légèrement porté au-delà de l’œil de la caméra, comme si un ange venait de la saluer. C’est cette image que j’ai fait agrandir et retouché, son visage isolé des autres, et encadré pour le garder près de mon lit, pratiquement toute ma vie. Personne dans la famille ne l’avait jamais vue, cette image de ma mère, mystérieuse, dont l’énigme était désormais sur le point d’être dénouée. Ce visage m’avait toujours troublé. Et, ce fut comme si je savais, quelque part, que cette femme était toujours vivante, qu’elle était toujours près de nous. Pur fantasme, bien entendu, du moins jusqu’à aujourd’hui. J’eus un vertige alors que j’escaladai les marche jusqu’au palier, fermant derrière nous cette lumière d’une trappe mortelle ouverte par notre père.
La lumière du jour nous entoura de ses bras, nous porta jusque dehors. J’annonçai à mon frère que je garderais notre trésor on qu’on allait reprendre cette discussion plus tard, dans la soirée, après la fermeture du salon.
- On a une grosse journée devant nous, lui dis-je. Je passe d’abord chez moi, me refaire une face d’orphelin qui n’est pas enragé. Tu devrais faire de même. Tu ressembles à Jack Nicholson dans Shinning.
- Donc, si je comprends bien, on ne parlera pas de ça à Nicolas ou Danièle?
- On va attendre. Ça ne va rien donner de bon, je le sens. Déjà que tu le sais, toi, alors que Papa ne voulait pas que je vous en parle tout de suite.
- Je ne comprends toujours pas pourquoi…
- Écoute, Mathieu. Laisse mariner tout ça de côté. On a un père à enterrer, qu’on le veuille ou non. Il est vraiment mort, celui-là. On s’en reparlera.
Mathieu acquiesça, l’air un peu dans le vide. Il sortit ses clés et ouvrit la portière de sa vieille Corrolla.
« Et Mathieu… Merci pour être là. Sans toi, je ne sais pas ce que j’aurais fait là-dedans. »
- Même chose pour moi, Franky. Il était temps qu’on devienne des vrais frères, tu ne trouves pas?
Je lui fis signe de partir Il démarra et sa voiture s’éloigna dans une pétarade d’enfer. Je regardai les volutes bleues qui flottaient doucement dans l’air frais. Puis, mon regard se porta sur la maison muette. Il ne restait désormais plus grand-chose de mon enfance entre ces quatre murs de briques sinon ce fantôme qui venait de renaître de ses cendres. Je songeais déjà à la vendre quand toute cette tempête serait passée. Mettre une fois pour toute ce passé derrière nous et fuir les mensonges.
Je roulai jusqu’au condo et je restai un moment à regarder le sac rempli de documents sans trouver la force de monter chez moi et me présenter à Mercédès qui m’attendait peut-être avec un grand amour retenu tout l’avant-midi. Après un long soupir, je pris les poignées de tissu et je tirai le sac vers moi pour ensuite sortir de l’auto.
Tout était tranquille dans le stationnement presque vide. Je saluai le concierge qui replaçait les conteneurs et les bacs de recyclage dans un coin. Il arrêta son manège en voyant ma mine déconfite :
- Eh bien, m’sieur Gélinas. Vous n’avez vraiment pas l’air d’être dans votre assiette, vous, là.
- Ce n’est pas la grande forme, Jean-Pierre, pas du tout. Mon père est décédé avant-hier et j’arrive de chez lui pour mettre un peu d’ordre dans les affaires.
- Toutes mes sympathies. C’était vraiment quelqu’un de bien, votre père. Si tout le monde était comme lui, le monde s’en porterait sacrément mieux, je vous en passe un papier.
Je fus tenter de répliquer que c’eût été plutôt le contraire et qu’on nous aurait passé un sapin, plus qu’un papier mais j’acquiesçai en silence.
« En tout cas, si vous avez besoin de quoi que ce soit, faites-moi signe. Des fois, entre voisins… »
Je le remerciai et me dirigeai vers l’ascenseur. Je me tournai vers lui, toujours debout, les bras croisés, qui m’observait.
- En passant, si vous voyez une jolie petite madame rôder autour de mon condo, ne vous en faites pas. C’est ma petite amie. Je lui ai refilé une clé alors elle de peut-être utiliser la piscine ou ma place de stationnement de temps à autre.
Il montra un pouce bien levé : « Grand bien vous fasse, m’sieur Gélinas. Vous le méritez bien. »
Je lui fis mes adieux car les portes coulissantes s’entrouvrirent.
La monté au septième étage fut trop courte de même que la centaine de pas que je parcourus pour me rendre à la porte de mon condo. Je glissai la clé dans la serrure et ouvrit enfin la porte. Je fus de suite envahi par un sentiment de bien-être, au contraire de ce que je craignais. Une odeur de sauce tomate m’agaça les narines. Un parfum qui me rappela combien mon estomac réclamait sa portion de protéines. Je vis cette femme qui, de dos, s’affairait à la cuisine, les comptoirs remplis de nourriture. Elle se tourna vers moi et me fit un sourire qui m’emporta au-delà de l’univers. J’étais enfin de retour chez moi et je m’entendis presque dire « chez nous ».
- François chéri. Mais tu as l’air d’avoir mis les deux doigts dans une prise électrique. Qu’est-ce qui t’arrive?
Elle m’embrassa tendrement et se laissa un moment bercer par mes bras – à moins que ce fût le contraire.
- Bah, j’ai brassé des grosses émotions, disons, répondis-je sans trop vouloir aborder le sujet en détails avec elle.
- Laisse-moi te débarrasser de tout ça. Viens t’asseoir un peu. Je t’ai préparé des pâtes et je pense qu’un petit verre de vin va te remettre les idées en place.
Je n’avais pas faim mais je ne pouvais la décevoir. Elle était mon seul point d’ancrage. Je ne la connaissais que depuis quelques heures et notre intimité était plus grande que des couples qui vivaient ensemble depuis un an. C’était une curieuse sensation. Elle me vit hésiter devant le plat tout chaud qu’elle déposa devant moi.
- Oh, excuse-moi. Je t’impose ça mais tu n’as peut-être pas faim.
- Laisse, c’est ok. Je veux juste m’arrêter de penser quelques minutes. Ce sont trop de choses en même temps.
Elle leva son verre devant moi et me fit des yeux de chatte en chaleur :
- À toi, mon beau François, que le destin a mis sur mon chemin et qui m’a fait trébucher!
Je portai mon verre contre le sien et nous bûmes en silence. Elle ne me quittait plus des yeux. J’étais bien.
- J’ai fait des achats. Ton frigo était un peu vide et ce qui y restait n’était pas de la dernière récolte. J’espère que tu ne m’en voudras pas si…
- Je t’aime, dis-je en prenant ses mains entre les miennes et en portant ses doigts à mes lèvres.
Puis, je m’effondrai en larmes. Je me retrouvai à genoux, la tête sur ses cuisses à pleurer comme un veau de lait. Elle caressa mes cheveux sans dire rien d’autre. Elle chuchota de tendres mots pour me rassurer et attendit patiemment que je reprenne un peu contrôle de mes émotions. Je m’excusai gauchement, essayant de glisser une blague pour expliquer mon comportement mais elle me regarda longuement, avec amour quasi maternel, sans me juger :
- Je comprends toute ta douleur. Ça n’est jamais facile d’accepter la mort.
Les mots que je dis ensuite la sonnèrent :
- Ou la résurrection des morts…
Elle se raidit, le visage exprimant la stupéfaction :
- De quoi parles-tu, ton père est…
- Mon père est peut-être mort mais apparemment ma mère, elle, n’est pas morte il y a près de cinquante ans.
Je crois que le simple fait de lui dire ceci me donna l’énergie pour passer à travers le reste de ces jours fous qui s’en suivirent. J’avais désormais une personne auprès de moi qui allait me soutenir et me donner le courage d’affronter la vérité, quelle qu’elle fût. Mais, à cet instant, je l’ignorais encore.
Je lui racontai brièvement ce qui s’était passé lors de la prétendue mort de ma mère, en 1960 :
« Je me souviens que mon père travaillait sur un gros projet et qu’il était tard. Ma mère venait de coucher mon petit frère, Mathieu et les jumeaux et moi étions devant la télévision en train de colorer des pages de nos albums de papier. Ma mère a téléphoné à mon père et ils se sont disputés pendant un moment. Ma mère a crié et je me rappelle que Danièle – c’est mon autre sœur – avait été la voir mais elle lui a ordonné de retourner au salon d’une façon assez sèche. La pauvre petite pleurait à chaudes larmes et Nicolas, c’est l’autre jumeau, il a tout fait pour la calmer mais Danièle était sous le choc. Ma mère n’avait pas souvent des sautes d’humeur mais quand le bouchon sautait, elle partait dans sa chambre et criait dans son oreiller, ce qui ne nous empêchait pas de l’entendre.
« Mais ce soir-là, il y s’est produit quelque chose de très étrange. Ma mère a raccroché violemment le combiné sur le socle et s’est mise à tourner en rond sur le plancher de la cuisine. Elle avait l’air d’une tigresse enragée. Elle s’est un peu calmée mais on sentait que quelque chose n’allait pas. Elle vint près de nous, a cajolé Danièle qui reniflait depuis un moment et a caressé ma tête en me disait : ‘Maman va sortir un petit moment pour prendre de l’air. Je vais demander à Viviane de venir vous garder pendant mon absence. Vous allez vous brosser les dents et vous préparer pour le dodo.’ Mon frère protesta, arguant qu’il n’était que 8 heures mais elle insista : ‘Ne me fais pas choquer encore comme ton père, mon petit Nicolas d’amour. Tu liras un Tintin.’
« J’ai aidé à remballer les crayons et les albums et nous avons été tous les trois dans la salle de bain pour faire notre toilette tandis que notre mère faisait deux appels. Le premier, pour demander à la voisine de bien venir nous surveiller et le deuxième à quelqu’un d’autre dont elle ne nomma pas de nom. Tout ce que j’entendis c’est : ‘Je m’en fous, emmène-moi n’importe où et ça presse. Je suis en train de devenir folle.’
« Nous l’avons vue partir avec son manteau de laine orange et son bonnet accompagné de ses gants et de son sac à main assorti, nous adressant à peine le moindre signe d’adieu. Ce fut la dernière fois que nous la voyions. »
- Ça a du être terrible.
- Pas sur le coup, non. Lorsque notre père est rentré, peut-être une demi-heure plus tard, il a été furieux de ne pas la trouver avec nous. Je l’entendis gueuler comme un loup, faire quelques téléphones et demander à Viviane de bien vouloir rester jusqu’à son retour ou celui de notre mère. Je me suis levé pour le regarder sortir de l’entrée de garage comme s’il faisait une course contre la montre. Les pneus de son auto crissèrent sur l’asphalte et la voiture bondit vers l’avant. Je me suis recouché dans mon lit, un Tintin entre les mains, incapable de lire. J’avais l’impression que quelque chose n’allait pas et que tout était en train de dérailler. Mon frère et ma sœur dormaient depuis longtemps quand la voiture de mon père entra de nouveau dans le garage. Tout doucement cette fois-ci. Je me suis glissé contre la porte de ma chambre qui n’était pas tout à fait fermée et je l’ai vu remettre deux billets à Viviane qui s’était endormie sur le sofa du salon. Mon père alla ensuite à la cuisine et je le vis prendre un grand verre dans lequel il versa une bonne rasade de cognac qu’il but d’une seule traite. Puis, il s’est mis la tête entre les mains et il a pleuré en silence.
« Je me suis couché entre mes draps glacés et j’ai attendu qu’il vienne me voir mais il est passé devant la chambre sans daigner y jeter un coup d’œil. Je crois qu’il était soûl. Ou à tout le moins, pas tout à fait là. Il est entré dans sa chambre et a fermé la porte tout doucement, sans allumer la lumière. Deux heures plus tard, alors que j’écoutais encore les bruits étranges de la nuit dans notre maison silencieuse, j’ai entendu une voiture s’arrêter devant la maison. En soulevant le store, je distinguai les gyrophares éteints qui couronnaient le dessus de la voiture. Deux hommes en uniformes en sortirent et se dirigèrent lentement vers notre maison. Je me suis précipité dans le hall d’entrée en entendant le premier coup sur la porte. J’ouvris cette dernière et les deux hommes furent surpris de voir ce petit bonhomme de sept ans ouvrir la porte. Ils me demandèrent si mon père était là. Je répondis qu’il dormait mais la voix endormie de mon père me fit sursauter : ‘Non, il ne dort pas.’ Il était directement derrière moi, à moins d’un mètre, encore tout habillé. Les policiers lui demandèrent s’il était bien Raymond Gélinas et mon père, avant de répondre, me demanda d’aller dans ma chambre et d’y rester jusqu’à ce qu’il me demande de sortir. Il invita les policiers à entrer et tandis que je fermai la porte sur ce secret conciliabule, j’entendis mon cœur battre si fort que je crus que j’allais mourir. »
Mercédès me serra fort contre elle. J’étais incapable de continuer. Je me sentais revivre ce cauchemar d’enfant et la gorge serrée m’empêchait de poursuivre ce récit. Et pourtant, pour la première fois, puisque je savais désormais qu’elle n’était pas vraiment morte ce soir-là, je me sentais le courage de revivre les émotions de ces quelques heures où je retrouvai près de lui, ne comprenant pas ce qui se passait vraiment.
« Les policiers discutèrent avec lui à voix basse. Je n’ai pas entendu la voix de mon père qui devait parler encore moins fort, sachant que j’avais une oreille bien tendue. Une odeur de café me parvint aux narines. Puis, au bout de ce qui me semblait plusieurs heures, qui ne furent en fait qu’une petite demi-heure, j’entendis le bruit de chaises qu’on poussait et les voix se rapprochèrent, plus près de la porte d’entrée que du la cuisine et j’entendis un des policiers lui dire : ‘Bon courage, monsieur Gélinas. Nous communiquerons avec vous les détails de l’accident dès qu’il seront disponibles.’
« Le mot ‘accident’ me frappa et je l’associai aussitôt à l’absence de ma mère. Je m’imaginai mille scénarios mais pas celui de la mort. Une mère, tu comprends, ça ne meurt pas, pas comme ça, pas la mienne. Je me terrai au fond de mon lit, les draps sous le nez, les yeux écarquillés rivés au plafond et j’attendis. Il marcha jusqu’au salon puis revint dans la cuisine pour revenir dans le salon avant de passer et repasser devant nos portes. Il poussa enfin la mienne et passa sa tête dans l’ouverture. Je restai là, glacé de terreur en me disant qu’il n’allait pas entrer, qu’il ne me dirait rien. Je ne voulais plus rien savoir. J’aurai préférer rembobiner le film et changer de bobine. Mais, il poussa davantage la porte et entra. Il arriva au bord du lit sur le bout des pieds et je le vis distinctement me fixer dans la nuit. Pouvait-il le voir, ce petit bonhomme terrorisé qui avait envie de lui hurler de partir?
« ‘Tu ne dors pas, je le sais, François’ dit-il en s’asseyant sur le bord du lit. Il posa une main sur mon front qui était fiévreux. Il demeura silencieux pendant un moment, regardant les murs de ma chambre ornés d’images de Batman et d’autres héros que j’admirais. Puis, au bout d’une longue expiration, il posa ses deux mains sur mon visage : ‘N’aie pas peur, fiston. Je ne suis plus fâché. Tu es grand maintenant. Tu es rendu presque un homme. Il faut que tu saches. Ta maman… Maman est partie. Elle a eu un accident, un grave accident. Et elle ne reviendra plus.’
« Il n’a pas été capable de dire qu’elle était morte ce soir-là. Pas plus qu’à personne d’autre, je crois. Quand j’y repense, tout ça fait du sens. IL se refusait à dire qu’elle était morte. Tout le monde, par la suite, la famille, les amis, parlaient d’elle au passé et employait les mots ‘décès’, ‘mort’, ‘veuf’, etc. Mais, lui, s’obstinait à dire qu’elle était partie. Dans sa bouche, il n’y avait que ‘départ’, ‘absence’, ‘vide’ et bien d’autres. C’était comme s’il s’abstenait de lui rattacher des expressions ayant directement rapport à la mort. Mais, comme je n’étais pas au fait de ces subtilités à cause de mon âge et de la naïveté de l’enfance, cette annonce me fit l’effet d’une bombe.
« Évidemment, on ne me raconta pas toute la vérité, ou du moins ce qui est considéré maintenant comme une apparence de la vérité. Ma mère, selon les rapports de police, avait été victime d’un violent accident de la route et la voiture dans laquelle elle prenait place, avec autre personne, a pris feu tout de suite après l’impact. Selon les témoins, la personne qui l’accompagnait, une femme d’environ une trentaine d’année, avait réussi à sortir du véhicule mais ma mère était restée coincée à l’intérieur. Lorsque les secours sont arrivés, elle était morte, brûlée vive. Quant à la propriétaire de la voiture qui l’accompagnait ce soir-là, les policiers la cherchèrent en vain. Elle avait quitté les lieux de l’accident avant qu’ils n’arrivent et l’enquête qui s’en suivi ne permis pas de la retracer. Elle avait tout simplement disparu dans la brume.
« Cette femme s’appelait Cécile Monette. C’était une amie de notre mère. Elles s’étaient rencontrées lors d’un cours de restauration de meubles anciens à Montréal. Elle disait venir de l’Abitibi, ou quelque chose du genre. Ma mère et elle sortaient souvent l’après-midi pour faire courses au Centre-ville ou se promener dans le parc. Elles étaient devenues comme les deux doigts de la main en moins de six mois. Au début, mon père était vraiment heureux de la voir sortir un peu du quotidien de sa vie de famille. Puis, j’ai été témoin de quelques petits accrochages la concernant. Rien de bien tragique : mon père trouvait que ma mère passait pas mal de temps à l’extérieur et négligeait son devoir de maîtresse de la maison. On en était encore là dans les mentalités, en 1960. Mais ma mère commençait tranquillement à s’émanciper, à vouloir sortir un peu plus, comme mon père le faisait, quand ça lui chantait. Mais, comme le lui rappela mon père un soir d’une de leur dernière dispute que j’ai entendue, avec quatre enfants à élever, ce n’était pas le temps de batifoler aux quatre coins de la planète. Ma mère riait de ses boutades et l’envoyait gentiment promener. Je me souviens même de l’avoir entendu dire : ‘T’es juste jalouse que je sois enfin heureuse, mon beau Raymond. Ce n’est pas beau la jalousie, c’est péché.’ Mes parents étaient encore jeunes à cette époque. Elle venait d’avoir 28 ans. Mon arrivée avait surpris ce jeune couple alors qu’elle se découvrit enceinte à l’âge de 21 ans, moins de trois mois après avoir célébré leur mariage. Mais encore là, c’était l’une des missions des couples de cette époque : procréer, fonder une grande famille, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, Amen! Mais ma mère avait l’air de ces femmes qui ne vieilliraient jamais. Son visage avec quelque chose d’angélique. »
Je me levai et je demandai à Mercédès de m’accompagner dans ma chambre. Je lui montrai le cadre derrière lequel se cachait l’agrandissement de ce fameux visage fixé dans le temps.
- Mon Dieu qu’elle était belle, s’exclama-t-elle.
Je la regardai en train d’admirer cette femme de mon passé et je compris pourquoi j’en étais amoureux : elle dégageait une beauté qui transcendait celle de ma mère. C’était cela qui m’avait envoûté. Je l’embrassai doucement alors qu’elle déposait soigneusement le précieux cadre sur la table de chevet. Nous tombâmes sur le dos, enlacés, fiévreux mais nous avons freiné nos ardeurs, le moment n’étant pas approprié.
« Donc, cette Cécile Monette a disparu des radars? C’est quand même bizarre, tu ne trouves pas? » demanda-t-elle alors que nous étions allongés l’un en face de l’autre.
- Ce fut un mystère que les policiers cherchèrent à percer pendant quelque temps, en effet. Ils firent une enquête qui ne dura que quelques jours ce qui, aujourd’hui, s’explique peut-être par les agissements de mon père et de son argent.
- Que veux-tu dire?
- Je t’ai parlé des papiers que j’ai trouvé, que mon père a caché durant toutes ces années. Je suis certain que la femme qui a brûlée dans la voiture ce soir-là n’était pas ma mère mais Cécile Monette.

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