Il tombait un fin crachin sur les rues asphaltées du boulevard St-Martin. Bien que nous étions fort avancé en novembre, le 8 degrés Celcius était plus que bienvenue en cette soirée dont les seules étoiles qui brillaient consistait en les multiples éclats des rues mouillées provoquées par les lampadaires. La circulation était encore lourde malgré que la fermeture des magasins avaient eu lieu une heure plus tôt. La frénésie du temps des Fêtes s’engageait sur la pente abrupte qui ne descendrait qu’en janvier après le Boxing Day. Les gens étaient déjà nerveux, conduisaient comme des débutants et s’envoyaient des gestes indécents. Je détestais cette période où tout devenait encore plus artificiel qu’à l’habitude. On cherchait à tout prix le cadeau qui allait plaire davantage que celui de l’année précédente. On se cassait la tête pour trouver l’objet qui allait arracher des oh à celui qui en arracherait l’emballage de papier, déchiquèterait la boîte ou s’arracherait les ongles sur le plastique scellant l’objet de son désir. Tout cela pour à peine quelques secondes d’un orgasme de consommateur pourri à l’os.
Pour moi, un cadeau de Noël, c’est une poignée de main et une accolade sincère. C’est partager un bon verre de vin ou de porto. C’est aussi se rappeler les bons souvenirs d’un passé pas très lointain où les choses me semblaient plus simples. Du côté matérialiste, j’offrais des livres. Guide du vin pour mon pseudo-connaisseur de Nicolas, livre de recette au goût du jour pour sa femme et ma sœur, livre des records Guinness ou quelque chose du genre pour Mathieu qui détestait tout ce qui avait une couverture cartonnée et des pages en couleurs glacées. Pour ce dernier, un abonnement au « Montréalais » aurait été acceptable mais sans plus. Lire plus de trois phrases consécutives lui donnait en général un début de mal de tête. Je fus même tenté une année de lui acheter « Mon premier ABéCédaire » avec quatre images par page et remplacer les traditionnels chaton, loup, mouton, auto et bateau par des images de filles nues et d’automobiles de luxe. Mais, ma bonne volonté de garder ces quelques instants de pseudo-bonheur artificiel à leur niveau pour le mois agréable gagna sur le sarcasme de la chose. Les enfants de mon frère et de ma sœur recevaient des romans ou des guides pratiques. Un seul arrêt, une douzaine de livres, dont quelques un pour moi, et le tout était joué.
Je me demandais, alors que je garais ma voiture dans le stationnement du Bistroquet, à quoi ressemblerait notre Noël, cette année. La disparition de notre père allait laisser un grand vide que nous ne pourrions combler aisément. Bien que ces dernières années il se tenait plutôt tranquille, mon père avait l’habitude de nous faire une petit gigue de son cru, de nous raconter les Noël d’antan. Il avait gardé un bon appétit et comme il était encore vif d’esprit, il aimait aussi raconter quelques bonnes blagues un peu crues qui nous faisait tout crouler de rire. J’éteignis le moteur et regardai les perles miniatures composer un autre ciel étoilé sur le pare-brise. Le silence de l’habitacle m’enveloppa doucement. J’étais bien.
Mathieu et moi avions passé le reste de l’après-midi à faire un peu de ménage dans son appartement. Il prit une bonne douche et quelques aspirines pour éviter d’avoir la gueule de bois. Il se rasa et je le complimentai sur son look qui, sans poils hirsutes, le rajeunissait d’au moins 5 ans. Il avait enfin l’air d’un homme de 50 ans au lieu de celui d’un vieillard. Il y avait cette lumière dans les yeux qui me rassurait. J’espérais seulement que ce changement était là pour demeurer et que nous n’aurions plus à le ramasser à la petite cuillère dans un avenir prochain. Cependant, le mystère de la lettre planait entre nous deux. Personne n’y fit allusion. Nous nous étions convenu d’aller chez notre père le lendemain pour trouver ces documents, avant d’aller au salon funéraire et entamer ce long périple douloureux des condoléances et des vestons noirs de cousins éloignés inconnus.
Puis, Mercédès m’appela alors que nous dégustions une pizza extra-pepperoni commandée au resto du coin. Nous avions fixé une rencontre extra-muros (c’est son expression) au Bistroquet, un petit bar discret sur le boulevard St-Martin. Évidemment, Mathieu m’inonda de question et fut surpris de constater que j’ai fait cette rencontre dans les minutes qui ont suivi la mort de notre père.
- On ne peut jamais rien prévoir mais surtout pas rien arrêter. Ça doit être ça le destin, lui ai-je dit en haussant les épaules. Une espèce de contradiction, en quelque sorte. C’est la vie mais c’est beau en maudit.
- Et tu crois que ça peut être sérieux? me demanda-t-il après avoir bu une longue gorgée de Pepsi Diète.
- Et toi, ça pourrait être sérieux avec ta chatte rousse? Qui le sait vraiment? Si tu veux voir ce qu’il y a derrière la porte, il n’y a rien de mieux que de tourner la poignée et au moins jeter un coup d’œil.
Je changeai de sujet de discussion car cela allait vite glisser d’un côté ou d’un autre, espaces que je ne voulais pas toucher. J’avais l’esprit préoccupé par des tas d’autres choses et je voulais que cette rencontre soit sans attente de quelque façon que ce soit. Laisser venir, voilà ma devise, du moins à ce qui a trait à ma relation hypothétique avec cette femme. De toute façon, se faire des illusions, ce n’était pas ma tranche de pain. C’était une femme de carrière, docteur, mère, et veuve par-dessus le marché. Je ne me mettrais très certainement pas à spéculer sur mes chances d’avoir une grande aventure avec cette femme que j’avais à peine vue quelques minutes.
Je laissai donc mon petit frère poursuivre le grand ménage de son appartement pour me glisser sous la douche et me rendre un peu plus présentable devant cette belle inconnue quelques heures plus tard.
J’y étais donc, hésitant encore un peu. Puis, je la vis arriver, un grand parapluie du Musée des Beaux-Arts au-dessus de la tête, le pas assuré, vêtue d’une jupe trois-quart rouge vin et de bottillons à talons hauts. Ça commençait mal : j’étais en deçà de la qualité vestimentaire qu’elle affichait. Je soupirai et, bien que je fus tenté de rebrousser chemin après un appel sur son cellulaire, prétextant un empêchement de dernière minute, j’ouvris la portière et fonçait, tête baissée dans la foulée de ses pas.
Nous fûmes bien vite l’un en face de l’autre, ma main sur la porte, elle, empêtrée dans son parapluie trop grand pour le vestibule, nos joues empourprés par la gêne de cette promiscuité soudaine.
- Bonsoir Mercédès! Tu es ravissante! dis-je en m’inclinant légèrement.
- Dis donc, tu m’espionnais mon arrivée ou quoi? dit-elle en riant.
- On peut dire ça, oui. Je déteste arriver en avance et tout autant en retard. Alors, je me suis posté là, devant la porte, assis mon fougueux destrier, prêt à tout pour défendre votre majesté!
- Seigneur tout-puissant. Tu as apporté ton Petit Robert avec ça? Tu me promets de ne pas abuser de moi, mon cher François? J’ai la tête grosse comme ça et mon corps est un peu rouillé faute d’avoir pu trouver le sommeil réparateur duquel j’aurais dû profiter.
Nous fûmes accueillis par une jeune fille toute souriante qui nous accompagna à une table devant la fenêtre parsemée de grains de pluie. Nous avons commandé un verre de vin blanc et une assiette de fromage et des fruits accompagné de pain.
- On ne dirait pas que tu as mal dormi. Tu es vraiment resplendissante, dis-je pour amorcer la conversation.
- Arrête ton baratin de crooner, j’ai l’air de… comment vous dites au Québec… de la chienne à Jacques?
J’éclatai de rire :
- Alors si tu as l’air de ça quand tu es fatiguée, j’ai de la peine à croire combien tu seras belle en pleine possession de tes moyens.
- Alors, merci du compliment. Toi, par contre, tu as l’air vanné. Tu as eu une grosse journée?
Je lui racontai les dernières heures depuis mon départ de l’hôpital jusqu’à ma courte visite au condo, en passant par les moments pénibles de la préparation des funérailles et l’altercation avec mon frère.
- Pauvre toi. On aurait dû remettre ça à un autre moment. Des fois, je me laisse un peu emporter par mes sentiments.
- Au contraire, répliquai-je. J’avais besoin d’air frais et d’une oreille amicale. Ça me change des longues soirées à fouiller les coins obscurs d’Internet à la recherche de sujets intéressants à développer. Et puis, toute cette folie autour de la mort de mon père et ses mystères, ça me gruge par en-dedans.
- Des mystères? N’y en-t-il pas toujours après la mort d’un être cher?
- Probablement. Mais mon père, tu vois, était tellement bien préparé qu’il nous rabattait les oreilles à chaque fois que l’occasion se présentait. On connait son testament de long en large. Mais, dans l’enveloppe qui contenait les premières instructions pour l’exécuteur testamentaire, on trouvé une autre lettre, pas du tout prévue dans notre petit scénario de la suite des choses.
- Hum! Tu m’intrigues…
Je lui racontai la mort tragique de notre mère, près de quarante ans plus tôt, de la commotion que ça apporté dans notre petite vie tranquille. Puis, j’enchaînai avec le contenu mystérieux de la fameuse lettre.
- Je te raconte ça et j’en ai encore des frissons. Mon père avait des secrets et je suis sur le point d’en découvrir la teneur.
- On a tous des secrets, non? dit-elle en me prenant la main.
- Oui. Non. Enfin, je ne sais plus trop. J’ai l’impression d’entrer dans un zone interdite, pleine de surprise et je ne suis pas sûr que je veuille y pénétrer.
- C’est pour ça que tu as demandé à ton frère de t’accompagner demain?
- En partie. Et je le regrette déjà. Mon petit frère n’est pas ce qu’il y a de plus stable. Il a des tendances à se laisser bercer par des bras moins solides que ceux de sa famille. Pour lui, l’alcool est le meilleur refuge contre les avaries de la vie. Un mur qu’il croit le protéger contre les grosses vagues. Et quand il réalise que ce n’est pas la solution, il s’enferme dans son appartement et ne veut plus parler à personne.
- Alors pourquoi l’avoir entraîné là-dedans?
- Pour t’avouer franchement, je ne le sais pas. Au début, je pensais que ça allait nous permettre de se rapprocher mais là, j’ai peur que ça nous amène là on ne voudrait peut-être pas aller et que ça empire son cas.
- Possible. Mais il est trop tard pour reculer, il me semble. Et qu’en disent ton frère et ta sœur?
- Je ne leur ai rien dit encore. Mon père a demandé que je découvre la vérité seul mais je ne m’en sentais pas le courage. Mais de là à mettre tout le monde au courant sans savoir trop ce qui nous pend au bout du nez. J’hésite à le faire. Des fois que ça serait plus grave qu’on ne le pense.
Elle fronça les sourcils :
- Grave. Dans quel sens?
- Je ne sais pas. Et je ne veux pas le savoir. Pour ce soir en tout cas. On change de sujet de conversation, d’accord?
- D’accord, Mimi, dis-je en souriant. Mais on ne parle pas de hockey. Je déteste ce sport. Pas autant le baseball, mais ce n’est pas comparable de toute façon.
Elle fit la moue et regarda ailleurs, hésitante :
- Je suis déçue. Il ne reste pas beaucoup de sujet de conversation… Le barbecue, peut-être?
Elle éclata de rire. J’étais bien, curieusement bien avec cette femme à mes côtés. C’était comme si nous nous connaissions depuis longtemps. Gaëtan me dirait : « Vous vous êtes connus dans une autre vie, peut-être celle précédent celle-ci et vous avez quelque chose à finir tous les deux. »
Je pus admirer longuement le pétillement dans ses yeux. Elle me parla de son arrivée au Canada en 1967, l’année de l’expo, l’année où tout était possible. Elle n’avait que 7 ans à cette époque mais que de beaux souvenirs. Son passé avant cela, celui de l’Espagne de son enfance, s’était presque tout effacé. Elle parlait déjà assez bien le français. Sa famille avait durement passé au travers de différentes guerres au cours des années et leurs positions, surtout celle du grand-père, Salvador, avait faillit leur coûter la vie. Il y avait, dans ce temps-là, autant de revanche entre familles que ce qu’on peut entendre des Siciliens de l’autre côté de la Méditerranée. Elle grandit donc dans le quartier de Chomedey, nouvellement jumelé à la grande ville Laval, déterminée, me dit-elle avec un grand sourire, à conquérir le Canada.
- Et puis, j’ai fait mes études en médecine à l’Université de Montréal. J’ai fait La Sorbonne et un petit peu de Harvard mais mon père, à cette époque, est tombé gravement malade et j’ai dû revenir au pays pour m’occuper financièrement de la famille. On m’attendait de pied ferme à l’hôpital Notre-Dame, avec dans mes bagages assez de diplôme pour tapisser un mur. J’ai fait mon internat et je suis plongée dans le système pour ne plus arrêter de ramer depuis ce temps-là. Même si parfois, trop souvent peut-être, j’ai l’impression de ramer à contre-sens, comme tout le monde dans ce milieu-là.
Je ne pus que l’admirer. Sa beauté n’était pas celle d’une de ces femmes plastifiées, remodelée. Elle affichait une certaine quiétude animée par la lumière qui transpirait de ses yeux d’un vert près de l’émeraude avec des soupçons d’or. J’étais amoureux mais je doutais qu’elle puisse trouver en moi l’homme idéal. Je restai là, silencieux, à l’écouter raconter sa vie avec autant d’animation qu’une conteuse de légendes populaires.
Elle me raconta comment elle avait raconté son mari, sur les bancs de l’université, qu’elle avait longtemps refusé ses avances, pour raison bien évidentes : sa priorité étaient, à cette époque, les études et aussi les études et seulement les études. Jour et nuit, elle compulsait les ouvrages d’anatomie en français et en anglais, lisait des revues scientifiques dans la salle de bain, remplissait des pages de travaux en mangeant ses rôties le matin ou en grignotant une salade et des fruits le soir tard dans la nuit.
« J’étais devenue une véritable junkie de médecine. Je voulais tellement réussir, que la moindre distraction me faisait l’effet d’un vide totalement paniquant. Je ne sais pas pourquoi j’étais comme ça. Mon père n’était pas du genre à me pousser dans un métier ou une profession. Il me disait : tu es dans un pays libre, ma fille, profite de cette liberté. Mais ma liberté, c’était, à cette époque, de rester enchaînée à mon avenir, celui de devenir médecin. Je voulais sauver le monde, me rendre indispensable. Mais quand papa est mort, j’ai aussi ressenti le besoin de me mettre à le sauver pour vrai, dans un véritable hôpital. Et depuis ce temps, je cours après ma queue comme un chaton. J’ai trouvé le temps, entre mes heures au travail et mes heures à lire des magazines scientifiques, pour me marier à un compatriote qui vivait ici avec sa famille depuis trois générations. Jorges était têtu mais pas très doué pour la médecine. Il a finalement eu son diplôme en pharmacologie et ouvert sa pharmacie dans le nord de Montréal. Nous étions le couple idéal : nos soupers, quand il y en avait, consistait à parler boulot. Moi et mes aventures teintées d’iode et lui, brisant le sceau du secret, me racontant ses rencontres avec les petites madames et leurs problèmes. Nous avons eu deux enfants, Ines et Pablo, qui sont grand maintenant. Ines vient de terminer ses études en informatique et Pablo travaille dans une boîte de nuit comme disc-jockey. Il rêve de faire des compilations et faire le tour du monde avec une douzaine de belles filles pendues à ses bras. Mais, comme disait mon père, c’est un pays libre alors je n’ai pas un mot à dire. Tu as des enfants? »
C’était mon tour. Je redoutais ce moment comme la cave de ma grand-mère. J’avais l’impression que ma vie était d’un terne tel que je l’endormirais en moins de trois minutes. Elle attendit patiemment que j’ouvre la bouche tout en me caressant la main. Me voyant hésiter, elle décida de boire une autre gorgée de vin après avoir frapper le verre sur le mien :
« À notre santé! »
Je fis de même et après avoir laissé le nectar me réchauffer un peu l’intérieur, je racontai ma vie de célibataire.
« Je ne me suis jamais marié. Je ne suis pourtant pas du genre à rester enfermé dans ma bulle. Je sors, je vois du monde. Mais, la plupart du temps, j’écris. J’écris pour un journal ou un magazine. Ces derniers temps, j’écris pour des médias électroniques. Alors je n’ai pas véritablement d’horaire fixe. J’ai un ami qui me talonne depuis l’adolescence, qui m’arrange des blind dates et qui est bien découragé de me voir gaspiller ma vie mais je me tue à lui dire que je ne cherche que la femme parfaite. Alors il est encore plus découragé. »
- Tu ne serais pas un peu trop exigeant, par hasard? demanda-t-elle, l’air moqueur. Je suppose qu’une femme médecin, c’est pas assez? Tu as songé à Hillary Clinton? Ou Mère Teresa? Ah, non, elle est morte, celle-là, et de toute façon aurait été trop vieille pour toi.
Je lui pris la main et l’embrassai :
- Je ne sais pas pourquoi, mais je me sens bien avec toi. Je sais que tu as toute une vie derrière toi et que c’est peut-être un peu vite, mais j’aimerais qu’on se revoie, qu’on apprenne à mieux se connaître. Crois-moi, je ne suis pas à la recherche d’une histoire d’un soir. Mais je ne cherche pas à m’accrocher à une bouée non plus ni à une femme à dépendance. Il y a tellement de personnes qui souffrent sur cette terre, toi et moi inclus, que s’il faut se mettre en couple pour faire de cette souffrance une double portion de misère, alors je préfère souffrir en solitaire.
- Que de poésie négative, monsieur l’écrivain. Tu aurais dû faire un psychologue.
- Jamais de la vie. Je préfère mon clavier d’ordinateur et m’auto-analyser, si c’est possible.
- Moi aussi, je me sens bien avec toi. On est tous les deux accrocs à notre travail et on a tous les deux une plaie ouverte au centre de la table et pourtant on se sent comme si on se connaissait depuis si longtemps.
- Exactement.
- Alors, on fait quoi? demanda-t-elle avec une intensité qui me surprit. Elle porta ma main à sa bouche et caressa l’index du bout de la langue.
Je fis signe à la serveuse de nous apporter l’addition. Il y avait urgence silencieuse entre nous deux et il n’y avait pas d’autres mots pour la décrire. Je brûlais soudain d’envie de la tenir entre mes bras, sentir sa peau nue contre la mienne, me prendre et me bercer. Je la voulais mienne et la conserver, intacte, passionnée, pour arrêter le temps, freiner cette course contre le mur, l’inévitable fin de tout. Elle m’apportait ce souffle après lequel je courrais depuis si longtemps.
Sans dire un mot, nous sommes entrés dans ma voiture et j’ai conduit jusqu’au condo. Toutes les portes s’ouvrirent sans bruit, comme si tout mon univers était calfeutré d’une couche épaisse d’ouate. La seule chose que j’entendais, c’était ma respiration à travers le tambour qui battait la cadence folle dans ma cage thoracique. Aucune lumière ne vint briser l’aura qui nous enveloppa dès que nous touchâmes le lit. Je ne me souviens pas de m’être déshabillé ni même de m’être glissé sous les draps. Il n’y eut ni geste brusque ni mouvement trop lent. Tout se fit avec la douceur d’un concerto à cordes, dans un crescendo digne des meilleurs chefs d’orchestre. Nous fûmes transportés là où personne n’avait jamais foulé le sol. Puis, dans le souffle commun des amants satisfaits, nous nous lovâmes comme des tiges de vigne, chaque partie de notre corps retrouvant celle de l’autre, à entendre de nouveau les bruits de notre réalité.
- Pas une histoire d’un soir, tu me le promets? demanda-t-elle enfin alors que je versais une larme de bonheur sur son poignet lové contre ma joue.
- Que dirais-tu d’une histoire d’une vie? Du moins ce qu’il en reste. Et j’espère au moins cinquante ans…
- Je vais y penser.
- Tu as trente secondes.
Il existait déjà entre nous deux, sans en douter, une grande complicité. Je me sentais rajeuni de dix ans. Non, je me sentais comme l’adolescent boutonneux qui rêvait de la femme idéale pendant les cours de sciences. J’avais l’impression d’avoir fait l’amour la toute première fois de ma vie. Le contact de nos peaux, la chaleur, l’humidité de nos sexes, tout cela me donnait une intimité que je n’avais eue auparavant. Je caressais doucement chaque partie de son corps sans m’attarder à un seul endroit mais en touchant véritablement chaque centimètre de sa peau.
- Comme tu es doux avec moi. J’ai des frissons partout, me dit-elle en se tournant vers moi pour mieux m’examiner dans la pénombre. Je voudrais que ce moment dure éternellement. Je dois t’avouer quelque chose et je te promets de ne plus jamais faire ça.
- Tu m’intrigues…
- Je n’ai jamais été aussi bien avec un homme de toute ma vie. Mon mari, Dieu ait son âme, était un homme bon, attentif et surtout respectueux. Mais toi, tu as ce je ne sais quoi qui m’enivre. Je suis soûle avec toi. Il n’y a pas d’alcool assez fort pour me donner le même feeling.
Me disait-elle vraiment ça? Lisait-elle dans mes pensées alors que ses mots sortaient de sa bouche comme un écho de ce que j’apprêtais à lui dire. Comment pouvait-on encore être « un » sans le lien de la chair? Je l’embrassai et nous fîmes encore l’amour, cette fois plus brusquement comme s’il y avait urgence de sceller ces mots entre nous.
Je me réveillai avec les premières lueurs du jour. Elle avait le nez dans mon cou et respirait profondément, endormie, libérée comme moi de ces griffes du quotidien qui, malheureusement, reprenait bien malgré nous, sa place avec le lever du soleil. Je levai la tête pour regarder l’heure. Ma chatte était là, l’air de me demander qui était cette étrangère qui ronronnait près de moi. Je lui fis signe de s’éloigner et étant une chatte bien élevée, elle resta là, les oreilles bien pointues, les pupilles rétrécies, décidée à avoir le dernier mot de cette situation incongrue. Je n’allais pas la laisser faire à sa tête. Je tendis la main sur son museau et elle huma deux doigts avec indifférence. Elle s’étira et s’éloigna. J’avais gagné en lui mettant sous le nez les odeurs du fruit de ma nuit de bonheur.
Mercédès ne broncha pas quand je m’extirpai du lit. Je replaçai le drap et la douillette sur son épaule et quittai la chambre pour me retrouver devant le grand miroir de la salle de bain. Je fus surpris de découvrir cet homme que j’avais l’habitude de voir avec son air fatigué me sourire comme s’il n’y avait pas de lendemain. Je me fis un clin d’œil, histoire de me convaincre que s’était bien là le seul et unique François Gélinas de la veille et celui des jours d’avant. Après m’être aspergé d’eau le visage, je passai à la cuisine pour trouver quelques œufs et les préparer en une sorte d’omelette improvisée. J’y ajoutai des tranches d’oranges et des morceaux de fromage. Dès que le café fut prêt j’entrai dans ma chambre pour la trouver en train de s’habiller.
- Tu pensais t’en aller sans me dire au revoir? dis-je planté dans la porte, le plateau en main.
- Je croyais que c’était toi qui avais filé en douce en me laissant un mot sur le frigo du genre : merci pour la petite fête, on s’appelle et on déjeune!
- Bah j’y ai pensé mais j’ai gardé seulement la partie du petit déjeuner. Tu as une fringale?
Elle vint m’embrasser et s’empara du plateau :
- Et toi tu ne mangeras rien?
J’aimais son sens de la répartie. Nous étions vraiment sur la même longueur d’onde tous les deux. J’arrivai à peine à croire que cette femme qui marchait devant moi en direction de la salle à dîner venait de partager toute une nuit avec moi et qu’elle s’apprêtait à poursuivre l’aventure sans avoir à critiquer quoi que ce soit.
- Tu cuisines merveilleusement bien, dit-elle en avalant une bouchée de ma tentative de l’impressionner.
- N’exagère pas, Mimi. Je me débrouille. Tu veux encore du café?
Nous déjeunâmes en poursuivant la conversation. Puis, me voyant consulter ma montre à trois reprises, elle se leva :
- Va à ton rendez-vous avec ton frère. Je vais faire la vaisselle et je vais aller faire un peu de magasinage. Tu veux qu’on se voie ce midi avant que tu ailles au salon?
Je lui tendis une clé en l’embrassant tendrement :
- Si tu trouves une carte postale de Tintin et le Lotus Bleu en fouillant dans mes affaires, tu la déposeras sur mon bureau.
- Va prendre une douche avant que je t’attache au pilori pour te donner cent coups de fouet. Je suis sérieuse…
Je me préparai pour rejoindre mon frère devant la maison de notre père. Sur la route, déserte en ce vendredi matin au froid hivernal, je songeai encore à cette nuit, histoire de ne pas penser à ce qui m’attendait. Je me disais que j’étais vraiment amoureux et des plans se dessinaient dans ma tête. Ce fut comme si tout un pan de ma vie s’écroulait pour dévoiler le côté lumineux de celle-ci. J’ignorais ce qu’elle voulait que nous fassions avec toute cette folie de moins de vingt-quatre heures, mais je ne pouvais plus m’imaginer sans elle. Ce qui est dangereux, j’en conviens.
La maison de notre enfance est demeurée tel que dans mes plus précieux souvenirs. Mon père, soucieux de perpétuer tout ce qui faisait de sa vie et la nôtre dans ce bungalow somme toute assez spacieux, avait pris soin de rénover chacune des pièces, de repeindre ou changer des fenêtres afin de la garder comme une neuve. Évidemment, il y avait une belle clôture en fer forgé qui faisait le tour de la maison. C’était sa marque de commerce qui détonait cependant avec les nouvelles tendances sans barrières. Mais il y tenait. Je savais, pas le biais de nos conversations antérieures, que j’héritais de la maison et de toutes les babioles qui s’y trouvaient. Personne parmi mes frères ou ma sœur ne désirait retourner vivre dans ce secteur devenu un peu trop violent à leur goût. Du reste, ils préféraient avoir de l’argent. Je ne savais pas si j’allais me débarrasser de cette envahissante composition dépassée sans perdre un peu de mon passé. Je dis que je verrais bien en temps et lieu, après les funérailles et la découverte de cette mystérieuse vérité.
Je fus tiré de mes songes par le grondement sourd d’un moteur agonisant. Un nuage de fumée bleue passa tout doucement chaque côté de ma voiture et je vis Mathieu s’extirper de sa vieille Corolla 1980.
- Tu as encore ce cercueil ambulant? J’espère qu’avec l’argent que tu vas recevoir de Papa tu vas te payer au moins une voiture usagée de mois de 10 ans. Tu ne fais pas trop ta part pour l’environnement, je trouve.
- Bonjour mon cher frère. Toujours le bon mot pour me mettre un sourire dans la face, à ce que je vois. Je l’aime, ma minoune. C’est fait solide c’est machin-là. Avec un peu d’entretien, on ne risque pas de rester pogner sur le pont Viau en pleine heure de pointe comme avec ta Chevrolet de fifi.
- OK, je ne ferai plus de commentaires sur tes goûts en matière de bagnoles, c’est promis. Comment ça va, ce matin, mon frère?
- Mal de bloc, crampes au ventre, un peu d’acide dans le fond du gorgoton et j’ai un œil qui me pique depuis deux heures du matin. À part de ça, top shape, my man! Je t’ai apporté du café et des donuts.
- Merci pour moi. Un café par jour, c’est mon top. Et les beignes, j’évite. Ce n’est pas bon pour mon cholestérol.
- Des petites natures, je te dis. Tu as passé une bonne nuit? Demanda-t-il en mordant dans un beignet double-chocolat carrément dégoûtant dans les deux sens du mot.
- Ça ne se dit pas, Mat. Je pense que je suis amoureux.
- Ah bin! Mon frère qui parle d’amour sans que des boutons lui poussent dans la face. Je dois être encore en train de rêver.
- Tu ne rêves pas, mon cher frère. Et ce n’est pas une simple passade, Du moins, je le suppose, Je suis même passé à un cheveu de lui demander de m’épouser de peur justement de me réveiller, comme tu le dis.
- Wow, c’est vraiment sérieux alors. Et on la connaît cette mystérieuse beauté fatale?
- Euh, non. Pas vraiment. C’est un médecin. Mercédès.
- On ne veut pas savoir ce qu’elle conduit, on le devine par le métier qu’elle pratique.
Il éclata de rire. Ça faisait longtemps que je ne l’avais pas vu si joyeux. On aurait que la mort de notre père l’avait, comme moi libéré de quelque carcan invisible. Il me prit dans ses bras :
« Mercédès, Dolorès, Marie-France Bazzo. On s’en fout. Mon grand frère en amour. Je vais être encore jaloux. Tu es mieux de surveiller tes arrières et chacun des côtés parce que j’ai peut-être l’air d’un truc passé date mais j’ai encore des bons tricks pour cruiser les bonnes femmes, tu sauras. »
- Tout doux, Fido. Ce n’est pas un os pour te faire les dents, au risque que je te les fasse avaler. N’abuse pas trop de ma bonté.
Nous nous sommes embrassés avec force bourrades et accolades. Nous étions de nouveaux deux frères, si nous ne l’avions jamais été, prêt à affronter la vie. C’était aussi innocent que naïf car, même si j’avais mis la clé dans la serrure de la porte, nous désirions faire durer ce plaisir, ne sachant pas vraiment ce qui nous attendait derrière celle-ci.
« On y va? demandai-je en reprenant mon sérieux. »
Il avala sa salive et regarda un moment la porte close. Je suis certain qu’il sentit, tout comme moi, le choc de revenir les pieds sur terre. La porte prit soudain des dimensions colossales. Je me revis, l’espace d’un très court instant, en culotte courte, le nez en sang, les bras couverts d’égratignure, frappant sur la porte fermée à clé, un certain printemps de mes 9 ans. J’avais été fouiné dans une des maisons en construction, malgré les avertissements de mon père. C’était un dimanche, donc dans un chantier déserté par les travailleurs. Nous étions quatre : Nicolas, Mathieu et Gaëtan m’accompagnaient. Nous étions en mission comme lors d’un épisode de la « Patrouille du cosmos ». J’étais Kirk, Gaëtan représentait Spock et Nic et Mat étaient des martiens ou des vénusiens. Nous avons monté sur la structure en bois, marchant sur les panneaux de bois nus qui allaient être probablement le salon. Il y avait des murs, des fils, des tuyaux et des conduites. Nous étions vraiment sur une autre planète, durant ces quelques minutes que dura cet épisode imaginaire. Puis, il y eu le bruit d’une camionnette qui approchait. J’entendis Mathieu crier du coin avant de la maison :
- C’est le contracteur Simoneau. Il faut s’en aller vite.
- Par en arrière, cria Nicolas en me faisant signe de le suivre.
Gaëtan, qui avait poussé l’exploration jusqu’au deuxième étage qui était l’endroit le moins développé, sauta devant moi, en étouffant son rire. Je sursautai et restai là, immobile comme un animal traqué. Puis, le bruit de la portière qui claque me fit réagir : je bondis droit devant moi et passai à travers l’espace vierge de ce qui allait être la porte de patio. Sauf qu’à cet endroit, il n’y avait ni escalier, ni balcon. Je me sentis alors aspiré par le vide, voyant le tas de terre boueux parsemé de pierres s’approcher dangereusement de mon visage. Mais, comme j’avais un bon élan et qu’il se trouvait là un grand bout de bois qui tenait la structure, ce furent mes épaules qui encaissèrent le coup et je tombai les deux pieds dans le sol boueux. Mes bottes s’y enfoncèrent d’au moins une trentaine de centimètres dans un bruit visqueux de succion. La douleur de mes épaules commença à dominer la peur alors que l’adrénaline atteignait des sommets d’émission. Je voyais des étoiles mais me sentit à la fois surhumain, me pendant capable de m’extirper de ce bourbier, et vachement impuissant. Je vis mes frères disparaître dans le petit boisé adossé au terrain de construction. Ils riaient comme si le drame venait de céder l’antenne à une comédie de Jerry Lewis. Je n’osais pas crier, faisant de grands gestes à Gaëtan pour qu’il me tire de ce piège visqueux. Rien n’y fit. Les bottes résistaient et je crois même qu’elles s’enfonçaient. Il ne me restait plus qu’à les abandonner sur place car Simoneau venait de crier « Il y a quelqu’un?! » en marchant bruyamment sur les planches de bois.
Gaëtan me tira de cette fâcheuse position non sans retenir un fou rire qui me rendit d’autant plus honteux de m’être laissé piégé aussi facilement. Je l’entendis dire entre ses lèvres serrées : « Méchant capitaine Kirk que tu fais là! »
Nous avons couru sur la terre mouillée, sauta autant que possible sur les bout de pierre assez large pour nous soutenir et surtout éviter de s’enfoncer à nouveau dans un trou humide. J’avais déjà une croûte de boue sur mes bas blancs et un goût amer dans la bouche quand la substance visqueuse qui me coulait du nez atteignit mes lèvres. Du revers de ma chemise, j’essuyai mon nez pour découvrir le sang. Sur le coup, je fus terrifié. Je crois même que j’allais mourir. En pénétrant dans le boisé, plutôt que de suivre le sentier existant, je fonçai à travers les branches en retenant mon cri d’horreur. Tout ce que je voulais, c’était me retrouver chez moi, au sous-sol, assis sur le sol, entre mon lit et mon bureau d’étudiant. Je me jurai ne plus jamais recommencer alors que retentissaient les cris du contracteur :
- Attendez que vos parents apprennent ce que vous venez faire dans mes chantiers, ma gang de petits morveux. Je t’ai vu, Gélinas. Ton père va t’en sacrer une maudite, je t’en passe un papier!
Nous avons traversé le boisé en moins de trois minutes. Mes deux frères se roulaient par terre en me voyant recouvert de boue, de sang et en admirant mon visage terrifié. Seul Gaëtan arriva à se calmer et m’aida à me reprendre en main. À bout de souffle, je ne cessais de regarder derrière moi, à travers les branches encore nues en ce printemps hâtif.
- Il faut renter à la maison. Je dois aller me changer avant que papa ne revienne de sa visite chez mémé Bournival, dis-je en secouant les bouts de branches qui s’étaient accrochés à ma chemise tout en frottant vigoureusement la plante de mes pieds sur le gazon humide.
Mon père prenait toujours une heure ou deux de son dimanche, une fois par mois pour aller visiter les parents de notre mère décédée deux ans plus tôt. C’était, disais-il, la moindre des choses. Mais il ne voulait pas que nous l’accompagnions parce qu’il disait que c’était trop émotif. Nous les voyions tout de même de temps en temps, surtout durant la période estivale, alors qu’ils revenaient de leur séjour en Floride, dans les Keys, où ils avaient une roulotte de luxe près de la mer.
Mes frères se calmèrent un peu et m’aidèrent à marcher jusqu’à la rue, elle aussi en construction. Nous fîmes un détour, bien entendu pour ne pas se faire apercevoir par l’horrible Simoneau et sa barbe hirsute.
Une fois devant la maison, nous fûmes rassurés de ne pas voir la voiture de notre père dans l’entrée. Gaëtan fila directement chez lui car il voulait lui aussi se faire une petite toilette avant que ses parents ne s’aperçoivent de son méfait lui aussi. Quant à Mathieu et Nicolas, ils allèrent se nettoyer sur le côté de la maison alors que je m’approchai de la porte d’entrée principale tout en retirant mes bas maculés de boue séchée. Ce ne fut que lorsque je mis la main dans ma poche que je réalisai l’irréparable : ma clé avait disparu. Je devais l’avoir perdue en sautant de la maison en construction. Je fus pris de panique. Je regardai la porte qui se dressait devant moi comme un monument immense et je me mis à pleurer ne sachant plus comment j’allais m’extirper de ce cauchemar.
Mes frères revinrent en se taquinant l’un et l’autre et me trouvèrent prostré devant la porte fermée, la gueule bariolée de sang séché, de larmes et de morve. Avant qu’ils ne puissent me rassurer, l’automobile de notre père, une belle Ford flambant neuve tourna le coin et entra dans le chemin asphalté. Un succès de Nat King Cole jouait à tue-tête dans l’habitacle. Il nous vit et le sourire qu’il affichait se transforma en une grimace de peur. Il se précipita vers nous en laissant le moteur tourner.
- Pour l’amour du ciel, qu’est-ce qui t’est arrivé, François? Tu as eu un accident?
Mathieu, fidèle à son habitude, déclara que c’était ma faute, que je les avais entraînés dans la maison en construction et s’enfuit en pleurant. Nicolas ne protesta pas mais resta près de moi, solidaire. C’était un peu vrai. Je les avais convaincus de m’accompagner. Surtout Nicolas. Mathieu était toujours près à faire des mauvais coups mais notre autre frère était toujours réticent, préférant faire des randonnées en bicyclette sur le bord de la Rivière-des-Prairies.
Mon père regarda Mathieu s’enfuir et passa de Nicolas à moi pour retourner vers Nicolas. Puis, il soupira longuement :
« Rentrez dans la maison, vous deux. Je pense qu’on va trouver un moyen de vous faire comprendre que c’est dangereux de visiter des maisons en construction. »
Il ouvrit la porte et Nicolas passa devant moi tandis que mon père jetait des yeux enragés sur moi quand je fis un premier pas vers l’entrée. Dès que je fus à l’intérieur, il abattit sa large main sur mes fesses et je fus propulsé au moins un mètre en avant. Je descendis rapidement, m’attendant à recevoir une autre volée de coups mais mon père jeta ses clés sur la table d’entrée et alla s’asseoir dans le salon pour fixer le vide, position dans laquelle je le trouvai après m’être sommairement lavé et changé :
- Je m’excuse, Papa, dis-je timidement à trois mètres de lui, les poings serrés, prêt à bondir au sous-sol s’il faisait un geste imprévu.
Il leva les yeux vers moi et je vis les larmes se bousculer dans son regard :
- Ne me fais plus jamais ça, François. Tu es l’aîné et je te fais confiance. J’ai assez d’avoir perdu ta mère, ne va pas te tuer dans un chantier de construction, tu m’entends?
- Oui, Papa. Je m’excuse, Papa, m’entends-je dire trois fois de suite, l’air piteux.
- Et arrête de t’excuser. Il n’y a pas d’excuses. Tu l’as fait, on ne peut pas revenir en arrière. Alors, maintenant, tu ne feras plus jamais rien sans réfléchir, fiston, promets-le-moi.
Je le promis et je fis ensuite tout ce que j’étais en mesure de faire pour empêcher mes frères de se mettre dan le pétrin. Et comme prévu, ce fut mon jeune frère qui me causa le plus de problèmes.
J’étais là, devant la porte, à me remémorer cet instant terrifiant lorsque Mathieu posa une main sur mon épaule :
- Tu l’ouvres cette porte ou quoi? J’espère que tu n’as pas la chienne comme moi parce qu’on revire de bord et on s’en va tout de suite.
- Si tu préfères ne pas entrer, tu peux rester ici, dis-je en espérant qu’il acquiesce et me laisse avec mes terreurs dans cette maison où trop de souvenirs se bousculaient et s’embrouillaient.
- Je t’accompagne, brother. À deux, ça va être mieux, comme disait l’annonce de lait dans le temps. Et puis, s’il y a quelque chose, tu vas être là pour moi, hein, mon frère?
J’essayai de sourire mais l’intention parut plus comme une grimace qui le fit reculer d’un pas :
- Alors, on y va, répondis-je en tournant la clé dans la porte.
La première odeur qui nous frappa fut celle du chien. Snookie, malgré les soins que lui prodiguaient ma sœur lorsqu’elle venait le toiletter, n’était plus une jeune chienne et elle avait tendance à parfois se laisser aller, surtout au sous-sol. On aurait dit que l’odeur de l’animal persistait malgré les nettoyages minutieux. Et comme la maison était fermée depuis le départ pour la marche de santé – qui s’avéra fatale – de notre père un peu plus de trente-six heures plus tôt, ce parfum fauve en était amplifié. Nous ouvrîmes les fenêtres et le froid s’immisça doucement à travers les pièces, chassa l’air stagnant. Sur le comptoir, nous avons trouvé un steak qu’il avait probablement laissé là pour décongeler. Les deux immenses plantes au salon avaient la mine basse. La radio jouait un air vieillot dans la chambre du fond et l’écran de l’ordinateur que je lui avais acheté afin qu’il explore les moindres coins de la toile virtuelle affichait une boucle infinie de traits colorés, changeant au gré de leurs mouvements dans un ballet silencieux.
- On dirait qu’il va rebondir et nous saluer, pauvre papa, dit Mathieu en épongeant une larme au coin de l’œil.
- Ne t’inquiète pas, il est là, tapis dans tous les coins de la maison, à nous suivre du regard.
- Tu crois vraiment à ces conneries, Franky? Il est mort, c’est tout.
- Façon de parler, Mat. C’est plutôt nous autres qui le faisons vivre à travers nos pensées. Dans ma tête à moi, il est encore assis, là, dans sa chaise berçante en cuir, et il nous observe avec son air de dire « allez-y donc, dans mon atelier », un petit maudit sourire dans la face.
- Ça te fait quoi de savoir qu’il nous a caché quelque chose? me demanda mon frère alors que j’allumai la lumière menant au sous-sol à deux pas derrière moi.
- Rien pour le moment. Je vais te dire ça quand on saura c’est quoi le fameux secret.
Nous sommes descendus l’un derrière l’autre, tâtant le bois texturé qui ornait les murs depuis notre enfance. Il y avait là des milliards d’empruntes digitales tracées par nos jeunes mains, des traces de jouets frottés sur sa surface vivante. Ici et là, quelques accrocs ou écorchures après nos déménagements de gros meubles.
La pénombre du sous-sol m’apparut presque trop réconfortante après l’intense lumière du jour du rez-de-chaussée. Tout était si bien rangé. J’avais l’impression de visiter une maison modèle. Nous retrouvâmes le piano de maman, le seul objet que notre père avait conservé après sa mort. Un piano droit de marque ASAFAW qu’il faisait accorder au moins tous les deux ans. Personne d’entre nous n’avait osé en jouer, de peur de briser l’aura de souvenirs qui l’entourait. C’eût été blasphémer que de briser son silence. Cet autel en l’honneur de Maman avait sa place ici et il y resterait jusqu’à ma mort.
L’atelier de bricolage de mon père consistait en une grande pièce aussi bien organisée que le reste de la maison. C’était en fait la combinaison de mon ancienne chambre avec celle de Mathieu. Il y avait ici autant d’outils qu’on pouvait en trouver chez Canadian Tire. Du moins, c’était l’impression que j’en avais à chaque fois que j’entrais ici. J’ignorais qu’il y avait autant de sortes de tournevis, de pinces, de clous, de vis et de boulons, moi qui avait des petits clous d’un pouce, un tournevis multifonctionnel et une seule sorte de pince, outils dont je ne me servais presque jamais, préférant appeler Gaëtan lorsque je ne m’y retrouvais plus, autrement pratiquement à chaque fois que je devais faire un peu de bricolage. Si, par malheur j’appelais mon père, parce que mon ami n’était pas disponible, j’étais assuré d’avoir un discours sur les avantages d’avoir au moins un équipement de base et qu’il allait en faire l’inventaire afin de compléter ma minuscule collection d’outils lors de mon prochain anniversaire.
Mon père s’était amusé à faire de la sculpture, il y a de cela une quinzaine d’année. Il s’était inscrit à un cours avec les loisirs de la ville et s’était trouvé une nouvelle passion, ce qui remplissait les creux d’entre-saison alors qu’il savait plus quoi rénover dans la maison. Ces quelques années où il gossa dans le bois des figures traditionnelles ou des chevaux de trait furent la source de nos cadeaux de Noël à tous. Même ses petits-enfants eurent droit à un cheval miniature ou un casse-noisette verni. Il avait beaucoup de talent mais ses mains, ces dernières années, commencèrent à montrer des signes de fatigue. L’arthrite, bien que légère, l’empêcha de pouvoir bien tenir le ciseau ou soutenir la pression de celui-ci à travers le morceau de bois qu’il préférait tenir entre ses mains pour mieux le sentir, comme il le disait souvent. Il abandonna ce plaisir avec regret et avait aligné ses œuvres sur une tablette au-dessus du foyer de pierre. Au cours de cette période pourtant fort productive, il s’était mis dans l’idée de sculpter des totems à thème qui allaient orner chaque coin de son atelier, histoire d’y mettre un peu de vie parmi les scies à onglet et les perceuses aux coloris et usages multiples qu’il aimait mettre en démonstration derrière les vieilles armoires vitrées, recyclage d’une des nombreuses rénovations de la cuisine au cours des années. Avant que ne se déclare ses douleurs articulaires, il avait eu le temps de compléter trois colonnes et la moitié d’une quatrième. C’est dans ses colonnes qu’il avait caché la combinaison de son coffre-fort, comme je l’avais deviné après avoir lu la lettre qu’il m’avait destiné.
Je m’approchai des pièces ouvragées avec soins et amour. Chacune représentait une époque importante de l’histoire du Québec. La version Nord comportait des scènes avec des Indiens et Jacques Cartier. La version Est représentait les Patriotes et une représentation assez bien réussie de la courte bataille des Plaines d’Abraham. La version Sud montrait le grand Maurice Richard en action et quelques autres joueurs de hockey qui ont fait gagné plus d’une coupe Stanley aux Canadiens au cours des années. La quatrième colonne, située à l’ouest, aurait comporté des personnages politiques des dernières décennies. Il avait eu le temps de faire René Levesque et une partie du barrage de la Baie-James, fleuron de la nationalisation de l’électricité.
Je regardai la scène de Jacques Cartier et trouvai rapidement le chiffre cherché à travers les branches d’un arbre sculpté avec la finesse d’un artiste accompli. C’était la première fois que je prenais le temps d’admirer son travail avec autant d’attention. Je passai un doigt sur le feuillage finement ciselé qu’il avait sûrement verni plusieurs fois, appliquant de fines couches à la fois, pour éviter qu’il y ait des coulisses. Je notai le chiffre 53. Je souris : c’était l’année de ma naissance.
Mathieu cherchait le nombre suivant dans la scène des Patriotes. Il ne trouvait pas :
- Si j’avais su ça avant, je serais venu bien avant, cibôle. Il y a assez de carabines, de jambes et de bras dans cette colonne-là, que ça m’étourdit. As-tu trouvé, toi?
Je m’approchai de lui en lui montrant le chiffre inscrit sur mon carnet :
- Il faut commencer par regarder l’ensemble. Regarde les bras, les jambes, les drapeaux. On dirait qu’ils pointent dans une direction, là, dans le coin supérieur droit. Tu vois?
- Ce que je comprends, c’est que le père nous a fait comme le film du Code Da Vinci avec Tom Hanks, je crois. Pourquoi est-ce qu’il s’est donné du trouble comme ça. Il aurait pu l’écrire sur un bout de papier, sa combinaison, non?
- Il ne l’a pas fait pour lui mais pour nous. Il devait la connaître par cœur, sa combinaison. Mais, s’il avait laissé la combinaison sur une lettre ou sur un bout de papier, quelqu’un aurait pu la trouver et s’en servir pour des mauvaises raisons.
- Comme voler son argent? Tu penses qu’il a laissé de l’argent là-dedans?
- Regarde, le chiffre est là, dis-je en ignorant la question et en pointant le ciel où il avait sculpté des nuages ou de la fumée.
Mathieu suivit du regard mon index tendu et siffla :
- Wow, c’est fort. Faire le chiffre 33 avec des mouettes qui volent. T’es sûr que c’est ça. Il me semble que c’est trop évident, non?
- Justement, c’est parce que c’est trop évident qu’il l’a fait comme ça.
Mathieu soupira :
- J’aurais donc aimé allez à l’université comme toi tour être intelligent de même.
- Ça n’a rien à voir. J’ai lu beaucoup de romans policiers. Et je suis curieux de nature. Les énigmes, j’adore ça. Tu devrais te laisser tenter et lire quelques livres d’Agatha Christie, frérot. Ou lire des livres de Dan Brown, celui qui a écrit ton fameux Code Da Vinci.
- Comment ça? Da Vinci, c’était un livre?
Je soupirai à mon tour. Décidemment, mon frère me surprendra toujours. À moins qu’il ne se plaise à me niaiser, ce qui pourrait être fort probable.
- Bon, on va aller chercher le troisième chiffre dans l’autre colonne, dis-je en lui tapant l’épaule.
Je pris note du chiffre dans mon calepin et nous allâmes devant la colonne dédiée au hockey. Il y avait là de nombreux chiffres. Chaque joueur avait le sien, bien inscrit sur leur chandail respectif. Mathieu s’en plaignit :
- C’est une blague, là, n’est-ce pas? Il nous a joué un tour pour celle-là.
J’acquiesçai, intrigué. C’était en effet une autre illusion et je me demandais où se trouvait la réponse. Je regardai ailleurs que sur les chandails. Je vis un Bonhomme Carnaval tout souriant, une coupe Stanley qui avait l’air de sortir de la colonne et le visage sérieux de Patrick Roy qu’il avait reproduit à partir de la fameuse scène où ce dernier avait joué son dernier match avec l’équipe montréalaise et qu’il avait fusillé du regard l’entraîneur de l’époque, Mario Tremblay. Je fus parcouru de frisson. C’était magnifique. Mais, aucun autre chiffre ne semblait s’y cacher. Je revenais toujours sur les numéros des chandails. Quelque chose clochait. Je fis mentalement le tour des numéros en les associant à chacun des joueurs : Richard, le 9; Lafleur, le 10; Plante, le 1; Béliveau, le 4; Roy, le 33; Dryden, le 28… Je tapai dans les mains :
- Dryden! m’écriai-je en faisant sursauter Mathieu. C’était quoi le numéro du chandail de Ken Dryden?
Mathieu haussa les épaules en fronçant les sourcils :
- Je ne m’en rappelle plus, tâboire. Ça fait trop longtemps. Attends, laisse-moi penser…
- Franchement, Mat. Tu ne te rappelles pas de ça? Tu nous achalais tellement avec tes maudites cartes de hockey. Tu imitais René Lecavalier quand on regardait les parties. Papa n’arrêtait pas de te dire d’arrêter de parler en même temps que lui.
- Je le sais, je l’ai sur le bout de la langue. Arrête de parler toi-même, tu m’empêches de me concentrer.
Puis il cria : « 29 ! C’était 29, j’en suis certain! »
- Alors, c’est 29. Dis-je en pointant le colosse bien appuyé sur son bâton qui semblait nous regarder.
Mathieu le regarda et jura :
- T’es vraiment un génie, toi! Je ne l’aurais jamais trouvé. À moins que le Père ne ce soit trompé.
- No way. Il a trop fait de recherches pour chacun de ses sujets pour se tromper à part volontairement.
Nous éclatâmes de rire. Nous avions trois chiffres. Nous avons trottiné vers la quatrième colonne, comme deux enfants excités par leur découverte.
À première vue, il n’y avait aucun chiffre dans cette scène. Mathieu recula d’un pas, fronça les sourcils et se grattant le fond de la tête :
- Je ne sais pas comment tu fais. Je ne vois rien.
- Moi non plus, Mathieu je ne vois rien. C’est bizarre. Il faut dire qu’il n’y a pas grand-chose dans cette scène.
En effet, le plat de grande courbe qui illustrait le barrage occupait une grande place. Seul, le grand René Lévesque, placé derrière le micro, l’œil triste, qui annonce la défaite du premier référendum, cigarette dans une main recroquevillée, attirait l’œil, au-dessus de la structure de béton. Ailleurs, c’était du bois nu, sans ciselage, verni comme le reste mais silencieux.
- Est-ce qu’il y a trois ou quatre chiffres dans une combinaison de coffre-fort? demanda Mathieu en regardant les trois autres colonnes.
- Je ne sais pas. Je me souviens que nos combinaisons de cadenas étaient à trois chiffres. On pourrait essayer.
Nous nous dirigeâmes vers le grand miroir. Nous retirâmes délicatement les photographies qui y étaient accrochées puis je tendis les bras pour soulever cette antiquité plus lourde qu’une porte en acier. Je grimaçai et Mathieu vint me porter main forte. Une fois le miroir appuyé sur le mur, nous admirâmes la porte verte avec en son centre le cadran noir encerclé de petites barres blanches. Tout autour, il y avait des chiffres, de un à soixante. La flèche pointait vers le haut, bien alignée avec le zéro. Je tournai la poignée vers le bas en faisant aussitôt une moue :
- Un gars s’essaie! dis-je à Mathieu qui fit un sourire nerveux.
Je tournai le cadran dans le sens des aiguilles d’une montre passant plusieurs fois le zéro. Puis je positionnai la flèche sur le premier chiffre, 53. Je tournai dans le sens contraire, passant deux fois le zéro puis stoppai le pointeur sur 33. Je tournai le cadran en lui faisant faire un seul tout complet puis arrêtai sur le 29. Je pris une profonde inspiration et je tournai la poignée. Rien ne bougea. Je serrai les dents. Je tournai le cadran plusieurs fois et je repositionnai la flèche sur le zéro. Cette fois, j’inversai la procédure. Rien n’y fit. La porte demeura close.
Frustré, je retournai devant la quatrième colonne et cherchai frénétiquement un indice qui aurait pu m’échapper. Je n’allais pas passer la journée à chercher une combinaison. Le temps nous échappait. Il y avait trop de choses qui se passaient en même temps et celle-là, avec son secret bien gardé n’allait pas me frustrer comme ça si facilement. En un sens, j’aurais bien voulu me dire que si je ne poursuivais pas cette quête de savoir la vérité, toute cette histoire resterait terrée au fond de sa petit cage en acier renforcé et tout le monde s’en fouterait. Mais, le simple fait de savoir que notre père avait quelque clé cachée sous une roche, une clé qui allait ouvrir un pan de sa vie qu’il avait préféré caché de son vivant mais qu’il voulait que nous découvrions après son départ, me targuait et, étant curieux de nature, je voulais aller au bout de cette quête.
Mathieu fouillait dans les tiroirs qu’il ouvrait et fermait avec fracas. La tension montait, je le sentais. Il faisait celui qui ne voulait pas savoir mais restait tout près pour sauter sur le morceau que j’extirperais de sa cachette. Il promena son regard sur les murs, comptant les outils qui y étaient accrochés, regarda le plafond où mon père entassa des bouts de bois de toutes les grandeurs dans un système ingénieux de rangement. Je m’imaginai mal dans cet espace en train de réparer une table au pied branlant. Il allait falloir que je me débarrasse de tout ce fatras qui me serait bien inutile.
Puis Mathieu lança un chiffre, brisant ainsi le silence : « 46 ».
Je le regardai alors qui pointait fièrement le plafond vers le coin de la colonne inachevée. Comme j’étais directement en-dessous, il me fit signe de me rapprocher de lui, du coin opposé. Il tapait tes mains. Je pouvais lire toute la fierté dans ses yeux, comme lorsqu’il revenait de l’école avec une note de plus de 70 %, chose assez rare que mon père gratifiait avec un beau billet de 5 $ à mon pauvre frère qui se voyait déjà millionnaire.
- Regarde, tu as vu les fines lignes noires au plafond. Ça part du plafonnier jusque dans le coin. Si tu regardes à partir d’ici, la longueur des lignes rétrécit et on voit le chiffre.
Je ne peux m’empêcher de l’admirer. Le chiffre était là, au-dessous de nous. De fait, je tournai les yeux vers les autres coins et me déplaçai d’un coin opposé à l’autre pour voir les mêmes inscriptions au plafond. Il avait donc caché de code en double partout sauf dans la dernière colonne.
- Eh bien, Mathieu, tu viens de nous sauver des heures de recherche. Sans toi, on ne l’aurait pas trouvé. Tu veux faire la combinaison? À toi le privilège!
Il trottina vers la porte du coffre et fit la combinaison. Il y eu un déclic lorsqu’il appuya enfin sur la poignée et celle-ci s’abaissa enfin. Mais, je l’entendis arrêter de respirer et étouffer une plainte :
- Je ne peux pas. Je ne veux pas l’ouvrir. C’est comme si… je ne sais pas, comme si on ne devrait pas faire ça.
- Voyons donc, Mathieu. Si Papa m’a laissé ce mot c’est pour qu’on découvre enfin la vérité, comme il l’a écrit. Laisse-moi faire, je vais l’ouvrir.
Je m’exécutai et la porte nous dévoila en fin son contenu de malheur.
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