lundi, novembre 05, 2007

Mentir par omission


Imaginez-vous un instant dans un monde où vous parleriez de votre arrière grand-mère décédée en 1930 comme si elle était encore vivante. Formulez des phrases complètes en vous faisant croire que votre conjoint n'a pas foutu le camp avec la dernière des petites scrétaires de son bureau. C'est rigolo, n'est-ce pas? Maintenant, appelez vos amis, collègues, voire vos parents, et parlez-leur de votre chien Pico qui est mort en 1970, écrasé par le laitier, comme s'il était encore vivant ou de votre premier amour de 2e secondaire qui vous a embrassé sur la bouche et qui a ri de vos broches, oui, oui, et dites combien il est gentil et qu'il vous aime...

Pourquoi je parle de cela avec un ton légèrement humoristique mais avec un fond de folie? Je désire vous raconter une histoire trop vraie pour faire de la fiction potable. Un poison qui ne cesse de me hanter tellement il me revient, comme une odeur de moufette sur un jeans qu'on veut désespérement garder.

Vendredi soir dernier, j'ai rencontré une connaissance qui est venu me saluer lors du vernissage de l'exposition des oeuvres de pastel des membres de la PSEC (voir www.pastelsec.com). Elle me jase de tout et de rien et puis, glisse subtilement dans la conversation: "Comment va I.?" Après un petit soubresaut d'irritation à peine détectable sur ma lèvre supérieure , j'ouvre la bouche pour lui dire qu'on est plus ensemble depuis près de deux ans mais avant qu'un son ne sorte, elle ajoute: "Vous avez un bébé maintenant, non?"

J'ai eu un flashback, une après-midi d'été, où le téléphone sonne et où je réponds devant ma nouvelle petite famille. C'était la mère de la I. en question. Je suis sortis dehors, tremblant comme un Tremblay devant un orignal blessé. Comment expliquer à la mère de votre ex que vous n'êtes plus ensemble depuis plus de huit mois? Comment s'expliquer qu'un être intelligent nie une réalité dans laquelle elle s'est plongée elle-même en toute connaissance de cause (et effet) et qu'elle n'en a pas fait part à ceux et celles qui l'entourent, famille, ami(e)s et collègues? J'avais sa mère au bout du fil qui me demandait comment allait sa fille alors que je venais de commencer une nouvelle relation après le départ subit de cette femme. Que dire?

J'écrirais ça dans un roman qu'on me dirait de le réécrire, que ça ne tient pas la route. Je pourrais vous donner des exemples ahurissants de ce qu'on m'a raconté à son sujet. Un autre ex-collègue de travail qui l'a croisé dans un corridor, lui a demandé comment j'allais. Elle lui a répondu du tac au tac: "Pourquoi tu ne vas pas lui demander" et de poursuivre son chemin sans sourire ou s'excuser. Voilà une personne qui a suivi une thérapie pour se trouver, pour se centrer, pour être un être libéré de ses peurs et de ses bobos dans le coco, et qui agit comme une névrosée.

Je suis attéré d'entendre encore aujourd'hui une question venant d'une collègue qui ignore ce qui s'est passé il y a deux ans. Je peux comprendre que mon ex ne se soit pas mise à faire un discours devant les quelques dizaines personnes que nous connaissions pour exliquer sa démission dans notre ex-histoire d'amour. On ne se pavane pas devant des vautours du quand-dira-t-on, surtout si on veut s'éviter mille questions. Mais sa mère? Diable! Je n'y comprends plus rien. Combien de personnes l'ignorent encore et qui croient que ce bébé est le nôtre alors qu'il est issu d'une autre relation qui n'a vraiment rien à voir avec ce que nous étions?

J'ai mis les pendules à l'heure, avec délicatesse et respect, je dois le souligner, et la collègue en question a vite compris que je ne voulais pas m'étendre davantage sur le sujet. Nous avons parlé d'art et de projets d'avenir. Mais elle a quitté la salle visiblement mal à l'aise.

Quant à mon ex, je lui souhaite bien du bonheur avec ses mensonges par omission. Elle ne vous dira pas qu'elle ment, avec ses yeux de petite fille libérée de ma méchanceté, de mes violences, de mes colères, de tout ce qui a été si négatif dans notre relation (et qui comptent pour environ
0,00004% de ce que nous avons vécu - mais elle ne vous dira pas cela, c'est certain!).

Je suis au soleil et je m'en réjouis. Quant aux ombres, elles continuent de me protéger, quoi que pourrait en dire mon ex.

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