vendredi, juillet 21, 2006

À toute vitesse

Ça vous tente de vous suicider? Pas besoin d'arme à feu, de corde ou de lame de rasoir. Prenez votre voiture et roulez sur la voie publique à la vitesse indiquée sur les panneaux, ralentissez aux feux jaunes, arrêtez-vous aux feux rouges et passez le feu vert sans regarder de chaque côté. Et si vous avez le courage, saluez un policier qui ne fait rien, si vous en voyez un.

C'est mon quotidien depuis que je circule dans les rues de Montréal. À chaque matin ou à chaque fin de journée, on me dépasse à 100 km/h dans des zones de 50 km/h. On me klaxonne parce que je ralentis à l'approche d'un feu qui vient de tourner au jaune et il ne se passe pas un matin où je suis témoin d'une manoeuvre suicidaire de la part d'automobilistes téméraires: virage en U en passant par dessus une chaîne de trottoir, dépassement à droite d'un camion-remorque, feu rouge ignoré, arrêt obligatoire oublié, et j'en passe.

Et, contrairement à ce qu'on dit d'habitude, ce ne sont pas des 'jeunes' qui commettent ces impairs. Ce sont des personnes âgées qui fument tout en conduisant, des hommes d'affaires qui parlent au téléphone cellulaire, des femmes occupées qui se maquillent en passant sur la ligne double, et bien entendu, des jeunes tout en puissance qui font rugir leur moteur modifié tout en faisant crisser les pneus dans les rues secondaires.

Peut-être que je vieillis trop vite mais je commence à trouver l'expérience de conduite fort éprouvante. Après plusieurs années de transport en commun, à sentir la transpiration du voisin de droite et la mauvaise haleine de celui de gauche, après de longues minutes d'attentes dans le wagon immobilisié du métro bondé à l'heure de pointe, après le regard fuyant de milliers de déprimes du matin et de fatigue chronique du soir, je sillonne les rues et les boulevards achalandés d'hyper-stressés, d'hyper-pressés, d'hyper-frustrés en me disant que je vis dans un monde de fous.

Ne restez pas un quart de seconde immobile quand le feu tourne au vert, vous risquez de voir l'Audi du millionnaire qui vous suit vous hurler du klaxon. Ne traversez pas la rue s'il y a une voiture qui s'en vient dans un rayon d'un kilomètre car Dieu seul sait à quelle vitesse la mémé s'en vient.

C'est le royaume de la vitesse. On est pressé partout. Même dans les allées du supermarché, on nous pousse au cul avec les chariots. Combien de fois ai-je entendu de profonds soupirs derrière moi parce que la dame devant nous paie avec sa petite monnaie. L'Internet ne fonctionne pas pendant 2 minutes? C'est la panique.

Y aurait-il en quelque part une ombre de solution à cette folie des secondes miniaturisées? Je ne crois pas. On invente, chaque jour, de nouveaux produits pour aller plus vite. Et sans le savoir, on se complique la vie. Pourtant, quand on parle un peu avec nos collègues, nos amis, notre famille, on se rassure car la plupart sont conscients de cette folie mais je peux vous garantir que lorsqu'il s'agit d'avoir son machin-truc tout de suite ou d'arriver le premier à la super-méga-vente de machin-chouette, ils sont les premiers à courir pour pouvoir se vanter d'avoir été les premiers ou les meilleurs.

Est-ce que c'est un phénomène nouveau, typique du 21e siècle ou est-ce au contraire un truc que l'humanité traîne depuis l'aube des temps? Je serais tenté de dire que c'est depuis l'avènement des usines de production à la chaîne, du genre Ford. La course à la consommation et la publicité ont fait que nos besoins sont devenus instantanés, pressés, immédiats faute de quoi un malaise voire une grande frustration s'empare de la personne privée de ce besoin. C'est un cycle qui entraîne alors le manufacturier ou les autorités à répondre rapidemment au besoin de ce consommateur. Mais qu'est-ce qu'un besoin? Moi, j'ai besoin d'eau, de nourriture, d'un toit, et d'un peu d'amour. Je n'ai pas besoin d'un connection Internet à immense vitesse, d'un cellulaire qui compte mes pas ou d'un soulier muni d'une caméra-satellite. Je n'ai pas non plus besoin d'un écran de télé en jello-électronique financé par une hypothèque sur 25 ans. Non plus d'une femme siliconnée obsédée par son poids santé ou par le dernier produit anti-ride aux algues cryonisées. Je n'ai pas besoin d'une voiture munie d'un Gé-Pé-Esse, d'une maison secondaire sur le bord d'une piste de ski sans neige. J'ai besoin de vivre et de respirer. C'est tout.

Curieusement, on voit émerger un peu partout des centres de yoga, de méditation ou de gymnastique holistique. Les gens ont besoin d'arrêter un peu le tic-tac fébrile mais ils vont tout de même courir pour s'y rendre et se dépêcher de rentrer à la maison pour ne pas manquer l'épisode de Beauté désespérées. Ils vont laisser le cellulaire ouvert au cas où on chercherait à les rejoindre. Même truc pour le pendant positif du fast food, le slow food, associé au produits bio, sans OGM. On dépense des milliers de dollars pour se prétendre associé à ce nouveau mode de vie mais pour payer ces fantasies, il faut travailler deux fois plus. Et maintenant Walmart veut vendre du bio!

J'ai l'impression qu'on vit sur du temps emprunté. Imaginez une carte de crédit du temps sur laquelle on impute des dépenses illimitées de temps. Le problème, c'est qu'on ne peut jamais rembourser ce temps. Il est perdu à jamais. Alors quand survient un malheur, peut-être même (et fort probablement) la mort, on n'a qu'un milliardième de seconde pour réaliser qu'on a rushé pour rien.

mercredi, juillet 19, 2006

Le beau jeu

Avec la guerre qui sévit au Liban et tout le drame humain qui se cache derrière les bombes, il y a des réflexions qu'on ne peut s'empêcher de faire. Les Libanais qui vivent hors des frontières de leur pays voient encore une fois leur berceau massacré par l'aveuglement féroce des nations. Qu'un groupe terroriste soit au coeur de cette folie ne me surprend pas. Une nation cherche à se défendre contre le terrorisme, comme l'ont fait les Américains dans des pays comme l'Afghanistan et l'Irak. Financé par l'Iran, les fantatiques du Hezbollah sont fiers d'avoir jeté de l'huile sur des braises encore trop chaude. L'armée Israélienne a mordu à la carotte tendue par ses ennemis. Tout le pays du cèdre s'enflamme et ce ne sera qu'au bout des centaines de vies humaines sacrifiées qu'on décidera d'intervenir, nous les Canadiens, nous les occidentaux, nous les êtres humains.

Je ne veux pas tomber encore dans le sentimentalisme. Et l'humour ne tient plus. C'est une folie que de croire que parlementer avec des terroristes calmera les objectifs des pays qui les financent ou les soutiennent. La vie du terroriste est de semer la pagaille, de terroriser le monde pour des causes qu'ils croient justes. Mais, au-delà des convictions obsessives de ces gens, il y a, tout autour, des pays qui les soutiennent et leur donne le jus pour tenir le monde en suspends. C'est à ces peuples, à ces nations que nous devrions nous adresser. Et c'est urgent.

À voir les Magnifiques, les Rois du G8 manger du caviar en souriant, on se demande vraiment vers où on s'en va. Le Cowboy, le Pantin, le Pédant, le Plume-poudingue, l'Ivrogne et tous les autres font des grands sourires pour la caméra et discutent de leur agenda, de leurs engins, de leurs femmes mais ignorent qu'on assassine des innocents en Irak, en Afghanistan, au Liban et j'en passe. Quant à l'O.N.U., monsieur Annan et ses accolytes publient des beaux textes sur le terrorisme et tout ce blabla fait de la belle dentelle qui n'impressionne plus personne.

Que retiendra-t-on de tout ce beau jeu que se livrent les Grands Enfants de ce monde? Qui restera sur cette terre pour ramasser les derniers vestiges d'une société dite évoluée? Que ferons-nous si l'un d'entre eux décide d'appuyer sur un bouton pour lancer une bombe atomique? Il sera, comme d'habitude, trop tard. Quand des milliers de morts deviendront des millions, nos futurs arrières-petits-enfants regarderont ce début de 21 siècle comme une invraisemblance. Ils diront: "Ils avaient tout pour être en paix et ils se sont entretués!"

lundi, juillet 17, 2006

Ma blonde et sa famille


Ce matin, la voix trembolante de ma blonde, seule de sa famille établie ici au Canada, me parlait de sa famille isolée au Liban. Ses cinq soeurs et trois frères, et aussi sa mère, sont tous résidents de Beyrouth, là où tombent, à l'heure où j'écris ces quelques lignes, des tirs de roquettes, des bombes et dieu seul sait quoi, sur leur toit. Des cibles innocentes, des civils, qui meurent pour une chicane entre des groupes politiques/religieux. Le Liban est encore une fois pris en sandwich et revit le cauchemar de la guerre après trop peu d'années d'accalmie. "Tu as enlevé deux de mes soldats, je tue des centaines de civils!" Bravo, messieurs les Juifs, ces ancêtres de Jésus! Bravo messieurs les Juifs qui dénoncent le massacre de millions des leurs lors de la 2e Guerre Mondiale! Bel exemple pour la suite des événements!

Vous vous en foutez peut-être parce que vous avez d'autres chats à fouetter (le prix de l'essence qui augmente, le changement d'huile dans votre Audi, les fenêtres à changer dans votre résidence secondaire à Morin Heights, le traitement d'orthodontie de la petite, le dernier CD de Garou à aller acheter pour votre maîtresse, et la liste s'allonge...) Je vous comprends. Moi aussi, j'aurais tendance à m'en foutre royalement. Mais depuis plus de six mois maintenant, je partage mes pensées, mes mots tendres et mes angoisses avec une libanaise qui a vécu la guerre civile, qui a fui cette folie du voile, de l'intégrisme, de l'autorité mâle qui faisait de sa vie un cauchemar. Aujourd'hui, dans la prétendue sécurité du Canada, dans les petites chicanes intestinales du Québec, parmi les commérages de ses collègues de travail, elle se retrouve une fois encore devant les angoisses de la perte de ses proches.

Ils sont peut-être en sécurité dans un village du nord du Liban. C'est l'été. Les arbres de Baalbeck ploient sous le poids des pêches ou des figues. Là-bas, le ciel est bleu et l'air est pur. Ils sont loin de ces tracas, sans téléphone ou télévision pour polluer leur existence. Et pourtant, l'ombre de la haine les rend craintifs. Et si les bombes ennemies arrivaient jusque là? Et si la Syrie se remettait à venir mettre sont nez dans les affaires internes du pays?

Le Moyen-Orient se désagrège. Son cancer est multiple. Il semble se résorber puis réapparait là où on le croyait battu. Iran, Israël, Palestine, Irak, Afghanistan, Syrie, Liban, Arabie Saoudite, tous se regardent comme des chiens apeurés, songeant à la vengeance, croyant détenir la Vérité. Et quand on en a assez de pointer du doigt notre voisin qui ne force pas sa fille a porter le voile ou celui qui prie Allah plutôt que Jésus dans la cour voisine, on justifie notre colère en jugeant les occidentaux responsable de tous nos mots. C'est à vomir! Et je ne parle pas que de musulmans ou de juifs. Je parler aussi de québecois, de français, d'australiens et surtout d'américains.

Je suis peut-être simpliste ou idéaliste. Ma naïveté m'empêche peut-être de voir plus loin que le bulletin de nouvelle, mais à voir une petite fille à la peau brune qui est née ici, qui parle avec des 'bin c'pasque' ou des 'genre', qui chiale parce que l'eau citronnée goûte bizarre, qui regarde des séries américaines traduites à la française et qui ne parle presque pas la langue de ses ancêtres, donc, à voir cette fillette pleurer en craignant que sa grand-mère ne meure sous les bombes des isräéliens, je demande pourquoi on n'est pas capable, nous, les êtres humains, les êtres vivants supposément d'intelligence supérieure, de vivre dans la paix et l'amour de nos frères et soeurs, quelle que soit la couleur de notre peau, quel que soit le dieu que l'on prie, quel que soit le passé qui nous unit ou nous déchire?

J'en ai déjà parlé ici, mais je me répète: c'est parce qu'on n'est même pas capable de s'endurer dans la même religion, dans la même maison, du même sang que la guerre existe et va exister aussi longtemps qu'on ne sera pas capable de régler nos petites chicanes internes. C'est idiot mais à partir du moment où tu es capable de pardonner, de comprendre ce que l'autre vit, que tu n'es plus jaloux de ce que l'autre est pour toi, de son meilleur salaire, de sa vie plus joyeuse, quand tu es capable d'accepter que l'autre est différent de toi, que tu dois le laisser aller s'il veut partir, que tu ne le juges pas, que tu le respectes, que tu acceptes ce qu'il est, tu fais donc un pas vers la paix. Mais, on passe notre temps à critiquer, juger, quantifier, mesurer, calculer, jauger (bon, prenez un dictionnaire pour les autres synonymes...). Il n'y a plus de place pour l'amour. Le vrai. C'est bien plus important de placer notre argent dans un fond à rendement supérieur ou investir dans des actions que de donner la main et regarder l'autre dans les yeux. C'est plus facile de tirer dans le tas ou direct dans la tête plutôt que de s'asseoir et se parler pour trouver un terrain d'entente. C'est ma couverture, c'est mon jouet, c'est ma part de gâteau, c'est ma place, c'est ma balle. Regardez les enfants, vous verrez toute la guerre qu'ils entretiennent.

Ma blonde me disait qu'au lieu de chicaner et séparer les enfants, on devrait les mettre face à face et les laisser trouver une solution à leur problème, sans se mordre, se griffer, se crier des bêtises. C'est vrai. L'éducation des enfants, donc des futurs adultes, commence au berceau et ce n'est pas en leur plaçant une grenade ou un fusil mitrailleur, voire une bible ou un programme du Parti Québécois entre les mains qu'on va en faire des êtres humains. On en fait plutôt des êtres racistes, des juges et des meurtriers. On se débarasse du problème du sort humain parce qu'on n'est pas capable, nous-même, de dealer avec la complexité du problème. "Va te battre mon fils. Ainsi, quand tu mourras, on pourra te pleurer comme un martyr mort pour la cause!"

Mais que voulez-vous? Je ne suis qu'un pauvre idiot qui ne demande qu'à aimer. Et je n'aime pas me battre. De toute façon, qui a vraiment envie de se battre pour aimer?