mardi, juillet 11, 2006

De bonnes guerres...


Je n'arrive pas à m'imaginer quel genre de couverture médiatique aurait eu nos soldats canadiens lors de la Deuxième Guerre Mondiale si les moyens de l'époque auraient été les mêmes que ceux dont nous disposons aujourd'hui.

J'entendais ce matin un reportage sur la perte d'un autre soldat canadien en Afghanistan. Des témoignages touchants, certes, et on ne peut qu'être profondement touché par la mort d'un être vivant quel qu'il soit. Je ne nie ni cela ni le fait que la guerre est une chose horrible. Par contre, appelons les choses comme elles sont: la guerre, c'est la guerre. On ne va pas à la guerre pour ramasser des champignons ou prendre des photos des paysages. On ne va pas à la guerre pour se trouver une compagne ou un compagnon de vie, ni pour échanger des timbres. On va à la guerre pour défendre des droits qui ont été brimés, pour combattre des ennemis qui n'ont pas d'autre idée que d'éliminer l'adversaire. Je suis pour les négociations, pour les accords de paix, pour la médiation, et toujours, je le répète, contre la guerre. Et en fait, je n'ai rien contre le fait qu'on parle de ces morts inutiles. Ce qui me trouble, c'est la couverture médiatique. Quand un soldat (ou une soldate) meurt au combat, on pleure sur les ondes. On fait des gros plans sur le désarroi des familles brisées par cette perte. On fait tout un étalage avec un cercueil qui descend de l'avion.

Imaginez un peu si on transférerait ce cirque dans les années du débarquement de Normandie. On ne cesserait pas de parler de Jean, de Paul, de Jacques, fils de Fleurette, fils de Gérard, fils de Benoît, domicilié à Ste-Dorothée, à Drummondville, à Sheffordville... On se promènerait avec l'hélico de TVA pour survoler les familles en deuil, pour mieux voir le sol détrempé par leur larmes.

Pendant ce temps, des milliers d'enfants meurent de faim, du SIDA, victimes de massacres ou de viols dans des villages oubliés. Pendant ce temps, des bombes explosent à Bagdad ou des gorges sont tranchées et on en fait un topo de 15 secondes tandis que Chose Machin de Moose Creek a droit à 5 minutes.

Vous me direz que ce sont des choses normales, que ce sont presque nos voisins. Ça nous touche de plus près, c'est chez nous. Peut-être. Mais ce sont tous des êtres humains. Je ne dis pas qu'il faut pleurer tous ces morts en même temps et s'arracher les cheveux face à notre impuissance à faire cesser ces pertes inutiles. Mais si on prenait le temps, une seconde peut-être, pour laisser notre coeur s'ouvrir pour la paix dans le monde, si on cessait de se battre pour des pécadilles, des chicanes de voisins, entre parents et enfants, entre couples déchirés, si on arrêtait de vouloir tout contrôler, tout posséder, tout manipuler, on vivrait tellement mieux.

Le matin, dès que j'ouvre les yeux, je pense à toute la haine qu'on entretient pour des broutilles. Des rancunes, de la mauvaise foi, des fautes à moitié regrettées, des abus et des faussetés qu'on arrose de mots et d'actions en justice, et je laisse cet énorme chargement flotter un peu plus loin pour regarder le monde autour de moi. Le ciel est bleu. Le soleil brille. Les oiseaux chantent. Ma blonde m'aime. Je respire. Je suis vivant. Pourquoi me batterais-je comme le font ces soldats là-bas? Pourquoi tant de haine? Ne peut-on s'aimer sans se compliquer la vie? Il appert que le chemin sur lequel nous nous engageons est celui que nous choisissons . Et certain(e)s choisissent la voie de la guerre. Et il y aura des victimes, c'est inévitable.

Je sympatise avec les familles de ces soldats mais ils ont choisi un métier difficile et extrêment risqué. Je ne peux pas être vidangeur si je ne supporte pas la puanteur des vidanges. Je ne peux être un médecin si la vue du sang me donne le tournis. Je ne peux être curé si je ne crois pas en Dieu. Je ne peux pas être pâtissier si je déteste les desserts. Je ne pourrai jamais être un soldat car je ne peux tuer (du moins dans la vrai vie...) C'est un choix que je fais, comme eux, comme elles.

Je pourrais être découragé de ce monde mais je choisis la voie du courage et compte toujours sur la bonne volonté de ceux et celles qui m'entourent pour faire de ce monde un endroit agréable. C'est une tâche colossale mais avec des efforts de paix et de bonté, avec le pouvoir du coeur et la pureté de l'âme, on peut accomplir des miracles. Ceux qui choisissent le camp de la guerre prennent les risques inutiles. Ils finissent toujours par payer.

lundi, juillet 10, 2006

La femme et ses statues

Je connais une femme (n'essayez pas de deviner qui c'est, c'est une histoire, pas une biographie) qui adore des statues. Elle se tripote la pêche rien qu'à regarder Ganesh ou le chihuahua en zyeutant Shiva. Elle prend des poses comme çi ou d'autres comme ça en se prétendant le centre de l'Univers, en croyant être à l'écoute des gens qui l'entourent et on la trouve donc 'bin fine'. Avec ses grands yeux de biche abandonnée au triste de sort de la bêtise humaine, elle marche comme une dinde et respire comme une vieil évent replis de cheveux frisés.

Ainsi, la voici qui entre dans une boutique de trucs et machins indiens. La pièce sent le patchouli mouillé. Elle s'émerveille devant une déité dorée qui a un gros point rouge dans le front. Son coeur se met à battre comme une toune de rock & roll. Elle regarde l'étiquette de prix et soupire. Pas dans ses moyens. Elle sort, l'air piteux et maudit le sort qui la poursuit. Elle pense à cet homme qui fut un jour celui de tous ses jours et qui est maintenant un fantôme sans contours, un furoncle dans sa destinée, un ongle incarné dans ses pas vers l'avenir, une artère bloquée dans son carrefour giratoire, un cloporte visqueux dans sa soupe au tofu, un cancer dans son cerveau supérieur. Elle a un haut le coeur. Elle le hait. Comme il est méchant de vouloir lui dire quoi faire. Il n'y a que elle qui sait tout car elle a suivi une thérapie de groupe, vu des psys, fréquente désormais un homme équilibré, a maintenant le droit de mentir, tromper, déformer la vérité pour que son ego soit bien, ne se sente plus écrasé.

Ce matin encore, cette girouette, qui se croit éternelle et qui vole désormais de ses propres ailes, a vu deux ridelettes aux coins de ses yeux. Elle a presque hurlé. Elle s'est mordue les jointures, a tapé du pied. 'Voilà encore l'oeuvre de ce mécréant d'homme'. Comme de fait, en arrivant au travail, voilà qu'un courriel rempli de stupides demandes vient encore l'opprimer, lui serre la poitrine. Qu'à cela ne tienne, elle ne lui répondra pas. Il n'existe plus, cet être vil, monstre de par tous ses pores, suintant la méchanceté, violent à travers ses mots à double-sens, comme un 's'il-vous-plaît' dit avec un air de 'va chier'. Ah, ce 's'il-vous-plaît' est si méchant. C'est comme un 'merci' qui cingle comme un licenciement ou un 'd'accord' qui déchire parce qu'il tombe comme un vieux tronc d'arbre eventré par la fougue intestinale des termites. Il la blesse encore plus. Elle se sent des larmes monter et quelqu'un l'aperçoit dans cet état, déconfite, dans le sirop de ses larmes. 'Pauvre petite' chuchote-t-on dans les 'cubicules'. 'Son passé ne cesse de lui revenir, la brimant de toute sa joie de vivre!'. Qu'on la plaigne donc encore un peu. Si j'osais imaginer un bon samaritain lui commandant une messe, ce serait parfait.

Mais elle se tient droite, rassurée dans ses gestes. Elle ne lui répondra même pas par 'oui' ou par 'non' parce qu'il ne vaut pas cela. Il est un déchet, cet homme. Elle n'en voudrait même pas comme carpette devant un foyer. Ce loup-garou mesquin la vampirise. Elle voudrait le gommer de son passé car les souvenirs ressurgissent comme un seau de vomissure qui fermente dans son estomac noué. Non, elle ne lui répondra plus jamais car elle a peur qu'il ne se mette à dire des monstruosités comme des excuses ou la blesser encore plus en acceptant ses demandes. Plaçons donc avocats, notaires, agents d'immeubles, représentants d'assurance et de banque entre eux deux pour s'éviter la galère. Il la tuera, elle en est certaine. Pis encore, la laissera vivante avec le passé accroché à ses baskets (de course). Mais avant, elle est convaincue qu'elle le ruinera, moralement et financièrement pour l'avoir tant fait souffrir de ses caresses et de ses mots d'amours. Aujourd'hui, cet homme, vous le devinez, a trouvé dans les bras d'une autre, un amour plein de simplicité, vide de complexité, nageant dans la réalité, au jour le jour, sans avenir planifié ou structuré. Elle n'aime pas non plus cette femme au nom compliqué. Elle doit le pousser au crime de la torturer de mots et de pensées destructrices envers elle, la seule et unique qu'il a aimé. Ce sont toutes des folles, ces femmes qui l'ont aimé. Ce sont toutes des innocentes qui doivent fuir la planète pour l'éviter.

Shiva, Ganesh, Durga et Krishna, vous êtes bien chanceux car vous ne pouvez rien faire pour faire changer d'idée cette autruche sans cervelle. Elle vous vénèrera longtemps. Quant à tous ces autres hommes qui gravitent autour d'elle, et même j'ajouterais toutes ses amies, soyez prudents et prudentes car si vous manquez de lui plaire ou de la vénérer telle on vénère une statue, elle vous enlevera de votre piédestral et vous jettera aux oubliettes.

Ne vous fiez pas aux apparences car l'homme brisé qui pleure ici n'est pas ce monstre dépeint par ma plume acerbe. C'est un être humain, tout simplement. L'homme qui pleure toute la violence silencieuse d'une femme qu'il avait cru jadis être humaine.

Namaste.