mardi, juin 06, 2006

L'air climatisé


Je suis en manche de chemise, les coudes à l'air et je frigorifrise. J'ai un glaçon bleu qui me pendouille au bout du nez. Quelle belle saison que l'été. On rage dans la sloche en hiver. On rêve de l'été quand ça commence à fondre et quand arrive les chaleurs, on tourne le bouton de l'air climatisé à maximum dès qu'il fait plus de 26 degrés.

Peut-on s'entendre qu'on aime geler ici, au Québec? Même chose pour les vacances. On envahit les routes de la belle province pour aller se geler les orteils dans la Baie des Chaleurs (je sais, c'est le bout le plus chaud de la péninsule gaspésienne, mais quand même) ou dépenser son argent dans un motel de luxe à Kennebunk Port ou Ogunquit dans le Maine (U.S.A.) où les genoux figent dès qu'on met le petit orteil dans l'écume. Bien sûr, on fait la file pour des cornets. On met dix kilos de glace dans notre sangria ou notre limonade.

Et là je ne parle pas de ceux qui préfère se geler tout court...

Je ne voudrais pas que vous soyez en froid avec moi mais je préfère transpirer les jours de canicule et me faire un bon feu de foyer bien emmitoufflé contre ma blonde les soirs d'hiver.
C'est chaud... comme moi.

lundi, juin 05, 2006

Des ménages, m'man


Juillet arrive avec son lot de camions remplis à ras bord de la poussière de votre logement précédent. On déplace nos ménages, on tire la poignée pour pousser l'autre et on se dit qu'on nous n'y reprendra plus (pieux mensonge enfoncé dans l'incertitude vampirisante du faux-destin). On escalade de nouveaux Everest après avoir emballé nos émotions, nos ambitions et nos lotions. On regarde le soleil qui descend doucement sur le glacier (ah, non! Ça c'est 'Beau Dommage').

La clé débarre la dernière porte derrière laquelle se cache déballage. Pizza, sueurs, coup de fatigue, le couple passe l'épreuve olympique du lancer du 'j'ai le vélo' et du 'marre-à-thon'. On se couche fatigué d'être fatigué, épuisé comme un puits sans fond, les poches remplies de cartes de crédits déjà surenflées de dettes. On s'est mis en boîte, on se déballe et c'est la valse de la vaisselle dans un nouveau vaisseau. On a beau avoir une nouvelle adresse que ça ne nous pas plus habile. Une graine de monsieur bricoleur couche avec une allée toute fraîche retournée où se prélasse miss pouce vert. On fait du bingo de notre nouveau code postal et du lotto avec notre nouveau numéro de téléphone. On reçoit le courrier du coeur de l'ancienne proprio et les promos de golf de son mari découcheur. On reçoit le nôtre estampillé de bave électronique des potes despotes de la poste restituante.

Peu à peu, le frigo engraisse. Les cartons maigrissent. Les tablettes se garnissent de la poussière des livres qui vont sortir de leur petites crise existentielle comme nos ados seront moins grincheux en arrêtant de parler aux érables ou à la chaîne de trottoir. Comme le syndrome de la neige éternelle dans ruelles, celui de la rage pannetonesque s'estompe doucement, laissant l'odeur du barbecue et celui du gazon frais coupé suplanter les rumeurs d'un passé laissé derrière une porte désormais close.

Je vous laisse. Les déménageurs arivent. Il ne faut pas que j'oublie d'apporter mon coeur.