jeudi, octobre 19, 2006

Art ou argent?


Je suis un type toujours occupé. Entre le travail et les loisirs, je n'ai pas souvent le temps de déguster une barre Mars (cf. célèbre pub de la dite barre de chocolat). Souvent, je me réveille aux petites heures du matin, un brin angoissé par la pile de chose que je devrais faire (notez que je n'ai pas écrit 'dois', qui est l'ennemi de la gestion du temps) et les choses que j'aimerais faire. On a tous des rêves, des ambitions, des fantasmes à réaliser. je pourrais en faire liste ci-bas et la mienne serait trop longue pour soutenir votre lecture jusqu'au bout. Disons que j'aime autant peindre qu'écrire. Que j'aime autant faire des sites web avec du code complexe que développer des programmes avec des liens vers d'autres applications. J'ai l'embarras du choix et souvent, ô combien trop souvent, je m'embarque dans une galère trop petite pour mes ambitions.

Prenez ces derniers mois: je travaille à temps plein à titre de consultant dans une grande compagnie internationale. Mon mandat spécifiait 2 projets pour trois mois, et me voilà chargé d'un autre, visiblement plus grand que les deux autres qui ne sont pas encore vraiment démarrés - pour toutes sortes de raison hors de mon contrôle - après 7 mois de travail. J'ai encore d'autres mandats à l'extérieur de celui-ci, qui occupent certains de mes midis et quelques soirées.

J'ai également toujours ce désir et le plaisir d'écrire une histoire par jour, quand j'ai le temps, entre deux projets. L'inspiration est toujours au rendez-vous quoi que je doive parfois secouer le bassin de mes idées pour y tirer quelque chose d'assez inspirant. Et c'est sans compter mon cours par correspondance avec l'Institute of Children Literature (lecture, écriture, corrections... en anglais!).

Je me suis remis à peindre: je n'ai pas le choix car je me suis engagé dans une exposition à 7 qui aura lieu en novembre-décembre prochain. Mon chevalet est là, témoin des oeuvres en devenir qui s'y succèdent à un rythme fou. Je viens tout juste d'apprendre que 2 de mes oeuvres seront présentées chez Ogilvy à Montréal pour l'exposition nationale de la PSEC, au début de novembre. Là aussi, j'ai mis les bouchées doubles pour terminer une des deux oeuvres que j'ai proposées.

Mais, des fois, je me demande où je trouve le temps de respirer, vraiment profondement. Ce n'est pas un stress maladif ou très dangereux, que de ce retrouver devant le choix de peindre, de programmer ou même d'aller travailler.

Mais là, je suis devant un dilemne: l'an dernier, à pareille date, mon petit monde confortable s'écroulait. Le seul réconfort que j'ai pu trouvé (et qui fut ma thérapie) constituait en l'écriture d'un roman de 50,000 mots en 30 jours, durant tout le mois de novembre (cf. www.nanowrimo.org). Je m'étais expressément mis cette pression pour ne pas avoir à faire face au drame de ce malheureux échec de ma vie amoureuse. J'ai pondu un roman noir, plutôt bleu en fait) dans lequel je réglais mes comptes avec le monstre qui partagea ma vie pendant trop de temps, bouffant ma joie de vivre, ma tendresse, ma sensibilité quand le gazon du voisin lui sembla mieux entretenu que le mien.

Bref, cette année, je ne suis plus dans le ravin, blessé, torturé par l'envie de fuir cette vie de merde qui m'étouffait, mais bien de retour sur le chemin, la tête haute, et le coeur à la découverte de nouveaux horizons. J'ai encore des crottes sur le coeur mais je m'en décharge avec des coups de phrases assassines assénées ici et là dans mes textes quotidiens.

Mais voilà que le défi se pose encore cette année: Écrire ou ne pas écrire un roman de 50,000 mots en 30 jours?

J'ai un copain français qui va peut-être tenter l'expérience parce que je l'ai talonné l'an dernier et invité cette année.

J'ai beaucoup de pain sur la planche et je ne veux surtout pas échapper une seule miette (gourmandise ou perfectionnisme?). Aurais-je de la place pour un trip(le) banana split intellectuel?

Et puis, j'ai repris goût à la peinture, les doigts m'en tremblent!

Je vais appeler Loto-Québec pour qu'on crée une loterie du temps: Gagnez le triple de votre temps en grattant le cadran. Qu'est-ce que ce serait jouissif d'avoir 72 heures au lieu de 24 dans une journée.

Je vous tiendrai au courant...

jeudi, septembre 14, 2006

Dire et faire

La différence entre dire et faire (ou écrire et faire) est une couche de glace qui peut paraître épaisse mais qui risque de céder à tout moment.

On parle partout du site web du tireur fou qui a semé la terreur le 13 septembre dernier au Collège Dawson, à Montréal. Il y a écrit des mots de violence, de haine, de frustration comme sur bien des sites de l'immense toile Internet. Et on y voit des photos assez troublantes, merci!

On peut écrire dans son journal qu'on en veut au reste de la planète quand on se sent down et que rien semble aller bien. On peut aussi se prendre pour le roi de l'univers quand survient un quiproquo où on nous traite comme un moins que rien. On se dit: "Je vais t'en faire une leçon, moi!" et on se casse parce qu'on sait qu'on est sur le bord de péter une coche.

Mais que dire de ces gens qui entretiennent la haine et la violence de façon si évidente et en public, en plus? Qu'en est-il des parents de ce gars qui a grandi dans un environnement aussi lugubre et qui s'est acheté une arme puissante dans le but d'éliminer le plus grand nombre possible d'êtres humains avant de quitter la scène comme un (z)héros?

Il faudrait que quelqu'un se réveille, en quelque part, et se pose la question quand il voit un type (ou une fille, ne riez pas si vite, tout est possible de nos jours) qui écoute des musiques qui parlent de mort et d'assassinat, qui joue à des jeux violents, qui collectionne les images lugubres, qui s'habille en punk-noir, qui dit au vu et au su de tous qu'il va faire la peau de tous ces imbéciles qui peuplent la terre. Moi, personnellement, si l'un de mes fils n'écoutait que du Dead Kek'chose, s'achetait des magazines d'armes à feu prohibées au Canada, et qui n'arrêtait pas de dénigrer les succès des étudiants, des sportifs ou le travail des policiers ou des médecins, je prendrais peut-être le temps de m'asseoir avec lui pour en discuter. Et puis, s'il m'envoyait promener, je ne me gênerais pas en contactant la police ou de l'aide car je ne voudrais pas avoir tous ces meurtres (tentatives ou réussis) sur la conscience.

Parents et amis de ces fous, réveillez-vous! Ne laissez pas le gouvernement légiférer pour vous, instaurer des règles ou des détecteurs de métaux. Un fou qui a envie de tuer, pour Dieu, pour se venger ou pour se faire plaisir, est un fou qu'on doit aider...

Paix.

mercredi, août 30, 2006

Comment je commence une histoire


On me demande souvent comment je démarre une histoire et à chaque fois, je crois, je refais un examen de ma méthode. Elle a évolué, c'est certain. Au départ, il y a plus de 30 ans, j'essayais de me construire un synopsis complet avec un début, un milieu et une fin. C'est pourtant simple: on établit un problème pour un personnage X, on lui donne une mission personnelle souvent inévitable de résoudre son problème en semant des embûches et on le place en situation de résolution (ou d'échec) et voilà le travail!

Plus facile à dire qu'à écrire! La réalité, c'est que la plupart du temps, je m'y perdais. Quand je commençais à écrire, je me mettais à écouter mes personnages, à les laisser ouvrir des portes que je n'avais pas entrevues et je me retrouvais alors à dévier de ma pensée. L'histoire prenait alors des allures que je n'avais pas prévues (non sans grand plaisir, je dois l'avouer).

Puis, initié à des jeux d'écritures avec ma bonne amie Danielle 'Deux ailes' Lafrance, j'ai commencé à écrire des courts textes à partir d'une musique, d'une série de mots, d'une photographie ou même d'une idée ou d'un fait divers. Ainsi, je pouvais, sans plan explorer mon univers fantastique sans avoir à suivre un plan.

J'applique encore cette méthode lorsque je commence une nouvelle ou même un roman. Pour le roman, c'est une idée générale, une scène donnée (qui peut être au début comme à la fin) qui me donne un coup de crayon. Les personnes prennent forme et se déplacent, explorent, me dictent souvent des mots. Je deviens en transe et j'oublie l'environnement, mes problèmes et mes projets.

Souvent, tout devient limpide après quelques paragraphes. Je retourne en arrière pour corriger ce qui pouvait être flou ou sans direction. Mais l'essentiel réside dans l'écriture brute, vive sans m'arrêter. C'est le but de mon blog 1histoireparjour.blogspot.com : écrire pour le plaisir d'écrire, pas de publier ni même d'être lu. Je m'y plais. Mais si vous lisez ceci et lisez mes histoires abracadabrantes et qu'elles vous plaisent, alors écrivez-moi. Il me fera plaisir de vous répondre. Pour l'heure, j'écris...

vendredi, août 25, 2006

Écrire pour écrire


Je me rends compte que je n'ai pas écrit grand chose dans ce blog depuis un bout de temps. J'ai de bonnes excuses. Vous trouverez quelques milliers d'autres mots dans une autre aventure que j'ai commencée il y a près d'un mois maintenant.

Vous lirez désormais une histoire par jour sur mon nouveau blog.

En effet, je m'amuse tous les matins (ou parfois le midi ou le soir, selon mes disponibilités), à pondre une nouvelle histoire, parfois courte, parfois longue, parfois à suivre (ça c'est un peu tricher, je l'avoue!). J'ai aussi, à l'occasion, récupéré des vieux trucs qui remplissent mon disque dur depuis plus d'une décennie. C'est toujours un plaisir de rouvrir ces boîtes de Pandore où j'ai caché des mots fous ou des idées grises. Des rappels d'outre-temps où je nageais dans l'immense naïveté de l'écrivain amateur. J'y nage encore, soit dit en passant, car je n'écrirais plus si c'était le cas.

Est-ce à dire que je n'écrirai plus ici? J'en doute car écrire pour écrire, ce n'est pas que dans la fiction que je m'y plais. J'aime me plaindre aussi. Me plaindre de la bêtise humaine, des conneries des terriens, des petits plaisirs aussi. Des joies et des peines qu'apportent les heures de la vie. J'écrirai encore même après ma mort, dans les nuages, dans le sable mouillé par les vagues, sur les rides de mes descendants. Je hanterai ce monde bien après mon départ. Sinon, et bien je hanterai le Paradis (ou l'Enfer, si c'est là qu'on veut m'y envoyer, mais j'en doute).

Alors, au plaisir d'autres écrits vertigineux.

Gentiment vôtre,

Poète Poète de Chaton

mardi, juillet 25, 2006

Les normes


Je me rappelle dans les années '70 quand le Canada est passé au métrique, tout le bruit que ces changements ont fait. On ne pesait plus 150 livres mais un peu moins que 48 kilos. On ne mesurait plus 6 pieds mais 1,83 mètres. J'étais trop jeune à l'époque pour mesurer le véritable impact de l'adoption. Tous les produits devaient passer de 8 onces à 226,8 grammes. Donc, on a réduit (ou augmenté) les emballages et leur contenu pour arrondir ces chiffres à 225 gr ou 230 gr. Or, je suis convaincu que les fabricants, pour gagner un peu de sous (et couvrir les dépenses de cet ajustement nécessaire) ont volontairement arrondi à la baisse. Le consommateur paya donc (comme d'habitude) un peu plus cher pour un petit peu moins.

C'est le cas actuellement avec la réduction de la TPS. Certain systèmes sont construits avec cette taxe à 7%. Certaines ententes calculent de façon très complexe les ristournes ou les avances qui sont dûes soit au niveau gouvernemental ou tout simplement à la base même d'une comptabilité qui se respecte. Les parcomètres de Montréal en sont un exemple flagrant. Il en coûterait des milliers de dollars pour convertir ces petites machines qui incluent les taxes. Donc, nous payons plus cher notre stationnement. La Ville, pour ne pas culpabiliser d'empocher quelques milions de plus, s'engage à remettre ces sommes trop perçues à la réfection ou l'entretien des pistes cyclables, louable geste, s'il en est un. Certains se mettront à critiquer qu'on devrait améliorer le pavage infesté de nids-de-poule ou modifier la signalisation de plus en plus incompréhensible. Mais, c'est un tout autre débat.

Ce dont je veux vous entretenir est en parallèle à ce propos concernant les unités de mesure. En fait, il concerne les normes de fabrication de produits de consommation. Je suis de plus en plus irrité de constater que lorsque je vais chez Machin-Dépôt pour acheter une vis, un boulon, un bouchon, un joint, un quelconque accessoire qui s'accroche, se glisse, se visse ou se place tout simplement dans un ensemble acheté il a très peu de temps (lire un an ou deux), je ne trouve pas l'objet en question ou s'il y en a, il est soit trop petit, soit trop gros.

Des exemples :

Le lavabo du sous-sol coule. Je dévisse les tuyaux. Le joint en plastique est brisé et le col en métal est fendu. Vroom-vroom chez Truc-Dépôt. Après avoir fait le tour de l'entrepôt trois fois, je croise enfin un type en tablier orange-cruche. Il me guide jusqu'à la rangée 14a-section nord, bien nommé Plomberie et me montre les soixante mille bouts de trucs. Je repère le col et le remercie. Je cherche le joint, ruban à mesurer en main. Bonne grandeur, merci Roland-Napoléon. J'arrive chez moi avec mes 15 sacs (on ne va pas chez Dépit-Dépôt sans s'équiper de choses inutiles!). Je cours au sous-sol avec mes achats: le col est un millimètre trop petit. Quant au joint, si on sert trop, il se déforme parce qu'il est trois millimètres plus large que le tuyau sur lequel je le pose.

Il y a quelques années (en 2000, pas en 1869...), j'ai acheté un magnifique ensemble de salle à dîner dont les chaises sont faites de métal finement ouvragé. Pas un truc de millionnaire mais juste assez pour me sentir ailleurs que chez Nickels. Bref, après 6 ans de bons et loyaux services pour nos fessiers, les petites rondelles de plastiques qui recouvrent le bas des pattes de chaises s'effritent. Je les retire avec un tournevis et je roule vers mon Visse-Dépôt préféré. Dans le rayon de Pattes et Sous-pattes, il y a des roues, des tubes, des capuchons noirs, bruns et blancs, des trucs à clouer ou à coller. Du 1 pouce et du 7/8e de pouce (eh oui, trente ans après, on est encore dans le système britannique). Je cherche en vain ce petit capuchon d'un pouce. Nil. Rien. J'accroche un grand nain qui sifflote du U2 et il me dit "Oui, oui, on en a, je pense, je suis pas mal sûr dans la rangée AK-45" et me ramène à l'étalage Pattes et Sous-pattes. Il se ronge les ongles. Je n'ai pas eu la berlue: Ça n'existe plus. Avis au propriétaires de tables et de chaises en métal... Par contre, si vous avez acheté votre table en 1869, il y a ce qu'il faut (je vous le jure!)

Nous avons remplacé tous les boîtiers de bouches de ventilation. Ces petites grilles étant vraiment encrassées (et quelques-unes rouillées), nous avons pris les mesures intérieures et extérieures du boîtiers et de la grille. Direction Rénovateur-à-Gogo en famille. Au bout d'une longue rangée (probablement l'autre côté de la frontièere américaine), nous trouvons les boîtiers en plastique, en métal, en bois, de tous les formats. Nous sortons les sifflets et chapeaux de fête: Bravo, on a trouvé! Mais pourquoi le boîtier original qui mesurait 10 pouces et un quart de longueur en 1980 est désormais à 10 pouces? Pourquoi le 2 pouces et quart de largeur s'est récemment retrécit à 2 pouces?

Ce ne sont là que des exemples très ordinaires mais ô combien trop fréquents de la déception qui attend le consomateur (et bricoleur) lorsqu'il veut faire des économies. Les fabricants se donnent-ils le mots pour réduire de 10% le format de toutes leurs pièces afin de nous obliger à acheter un lavabo au complet, un ensemble de salle à dîner au goût du jour ou refaire tout le système d'aération?

Je conserve depuis des lustres les vis, boulons, rondelles de tout formats car ils peuvent servir à tout moment et c'est heureux car il arrive très souvent que j'achète une plaque murale pour une prise électrique avec des vis qui mesurent à peine 5 mm. Les bonnes vieilles maisons (avant les années '80) étaient construites avec des matériaux encore solides et durables. On installait encore avec soin tout ce qui constitue une maison digne de ce nom. Or, certaines prises de courant sont bien ancrées sur le 2 par 4, un peu plus en retrait que le mur. Que voulez-vous faire d'une vis de 5 mm dans ces cas-là? Ne cherchez pas de vis plates de 10 mm chez Dépôt-Gaga. S'il y en a, on les vend en paquet de 500.

Tout ça me fait peur car qui sait ce que d'autres accessoires ou machin-trucs à remplacer un jour nous réservent. Tout le monde se plaint de la vitesse avec laquelle l'électronique change. Dans quelques années, votre collection de CD et de DVD ira rejoindre les bacs remplis de vinyles et de cassettes audio ou vidéo. Votre frigo qui ne reçoit pas l'internet ne pourra pas se vendre aux puces. Votre téléviseur 27 pouces plus profond que large (et plus lourd aussi en effet) coûte déjà plus cher à réparer que d'en acheter un nouveau (qui, incidemment, nécessitera des réparations deux fois plus rapidement).

Alors les normes, c'est pour les utopistes. Si quelque chose brise, jette-le et achète-toi du nouveau.

lundi, juillet 24, 2006

Occupé


Dans ma dernière chialerie, j'ai mentionné à quel point notre monde moderne est stressé, pressé de tout faire pour avoir du temps pour... stresser davantage. Comme un hameçon jeté dans la mer, ma réflexion s'est étendue dans un large hamac et a profité du beau temps pour se laisser bercer par les secondes. Et c'est dans cette farniente très temporaire que j'ai enchaîné sur les occupations.

Je suis une personne qui adore ne rien faire. M'écraser sous un parasol et lire un bon livre, voilà un idéal que j'entretiens. Depuis mon adolescence, être étendu ou bien assis constitue un privilège que je chéris et dès qu'il se présente. Je suis encore reconnaissant qu'il survienne de temps en temps. Mais nos vies d'adultes, nos obligations tout comme nos choix font en sorte que le matin s'amène avec son lot de possibilités de farniente mais dès que le soir se pointe, on fait un petit bilan et la relaxation et la paresse sont dans le rouge alors que le nombre de tâches et d'activités de tout acabit dépassent nos prévisions. On s'étonne d'avoir autant accompli en si peu de temps et on se plaint du manque de temps pour en faire plus. Ce n'est plus une question de course contre la montre mais un étalage de mouvements et d'actions qui se targue d'avoir repoussé les idées de neutralité, d'immobilisme et de repos.

Dans notre société où l'excellence et la performance sont une qualité privilégiée chez les individus, il est de plus en plus difficile de justifier un moment tendre ou une sieste dans l'après-midi. Seuls les retraités peuvent se permettre ces écarts. Et encore : on les entends vite dire qu'ils s'ennuient et on les croisent derrière un comptoir de MacDo ou en train de refaire l'aménagement paysager en regardant leur montre et se remettre à chialer comme le temps passe vite.

Ma blonde est une femme active. Il est rare qu'elle reste assise plus de cinq minutes. Notre nouveau petit nid a eu besoin de nettoyage, peinture et décoration. Or, il ne se passe pas une journée où elle imagine cette porte repeinte ou ce lustre changé. Elle regarde un store vertical et se demande si la couleur est ce qui la dérange. Elle veut repasser, sarcler, tondre la pelouse, chasser les perce-oreilles, changer l'interrupteur du salon.

Je suis plutôt du côté des poètes (d'où le nom de ce blog), préférant la plume ou le pinceau au marteau ou le tournevis. J'aime réfléchir à un ver laissé en suspend ou à une teinte plus vraie plutôt qu'à la surface d'un plancher à sabler ou le type de finition d'une peinture au latex. J'aime ce vide apparent duquel je m'enveloppe et qui me sert de cocon. Il me sied bien. Mais il me nuie car il n'est pas dans les rythmes de ce monde, celui des actifs. Occupé, voilà le motto du genre humain en ce début de troisième millénaire.

J'ai passé une partie du week-end à essayer de placer mon coin d'art (qui est désormais combiné à celui de mon travail) et à poser un plancher flottant. Bien que je sois extrêmement satisfait de ma fin de semaine, j'ai l'impression que j'ai perdu du temps à tout l'occuper. J'aimerais décidement mieux égrainer les secondes en respirant doucement. Cela viendra, je suppose. Pour l'heure, désolé, je suis occupé.

Mais qui est responsable de ces occupations double ou triple de notre emploi du temps? Je fais souvent référence aux expériences passées pour essayer de m'ajuster dans ce monde complexe du temps et de l'argent et je constate que j'en suis responsable. Je suis donc le seul coupable et je ne devrais pas me plaindre. J'ai lu, il y a longtemps, un conte qui parlait du temps. On comparait les secondes de chacune de nos journées à des dollars. L'histoire disait qu'on offrait 1 millions de dollars chaque jour mais qu'à minuit on recommençait à zéro. C'est dire que chaque seconde est précieuse. Il faut donc les utiliser à bon escient. À quelles fins? Ah! Voilà la vraie question. Pour un homme d'affaire, c'est de tout mettre dans la bonne conduite des affaires, faire les bons investissements. Pour la jeune mère, c'est de donner toute l'attention à son poupon. Pour le programmeur, c'est d'écrire du code efficace sans bogue. Pour l'écrivain, c'est d'écrire les plus belles phrases inspirées du moment et pour le peintre, c'est de capturer l'essence de la réalité à travers les couleurs et les matériaux utilisés.

Ce qui nous ramène à soi. On doit alors se poser la question: qui suis-je vraiment? Ce n'est pas facile d'y répondre dans ce monde exigeant. Le peintre qui dilue les minutes de sa créativité recevra-t-il son dû pour mettre du pain dans son assiette? Le poète qui déposera à la sueur de ses émotions des vers merveilleux profitera-t-il de quelque intérêt par-dessus son maigre pécule?

J'ai bien peur que le temps ne soit désormais trop attaché au dollar et à la bourse. On ne consacre plus de temps à l'art. Les gens visitent les galeries et regardent leur montre. Nous devenons de plus en plus marginaux. Pour faire quelques sous, l'artiste doit se battre et faire comme l'homme d'affaires et travailler dur. Ou bien, il choisit d'être occupé. Très occupé. Et s'oublier...

vendredi, juillet 21, 2006

À toute vitesse

Ça vous tente de vous suicider? Pas besoin d'arme à feu, de corde ou de lame de rasoir. Prenez votre voiture et roulez sur la voie publique à la vitesse indiquée sur les panneaux, ralentissez aux feux jaunes, arrêtez-vous aux feux rouges et passez le feu vert sans regarder de chaque côté. Et si vous avez le courage, saluez un policier qui ne fait rien, si vous en voyez un.

C'est mon quotidien depuis que je circule dans les rues de Montréal. À chaque matin ou à chaque fin de journée, on me dépasse à 100 km/h dans des zones de 50 km/h. On me klaxonne parce que je ralentis à l'approche d'un feu qui vient de tourner au jaune et il ne se passe pas un matin où je suis témoin d'une manoeuvre suicidaire de la part d'automobilistes téméraires: virage en U en passant par dessus une chaîne de trottoir, dépassement à droite d'un camion-remorque, feu rouge ignoré, arrêt obligatoire oublié, et j'en passe.

Et, contrairement à ce qu'on dit d'habitude, ce ne sont pas des 'jeunes' qui commettent ces impairs. Ce sont des personnes âgées qui fument tout en conduisant, des hommes d'affaires qui parlent au téléphone cellulaire, des femmes occupées qui se maquillent en passant sur la ligne double, et bien entendu, des jeunes tout en puissance qui font rugir leur moteur modifié tout en faisant crisser les pneus dans les rues secondaires.

Peut-être que je vieillis trop vite mais je commence à trouver l'expérience de conduite fort éprouvante. Après plusieurs années de transport en commun, à sentir la transpiration du voisin de droite et la mauvaise haleine de celui de gauche, après de longues minutes d'attentes dans le wagon immobilisié du métro bondé à l'heure de pointe, après le regard fuyant de milliers de déprimes du matin et de fatigue chronique du soir, je sillonne les rues et les boulevards achalandés d'hyper-stressés, d'hyper-pressés, d'hyper-frustrés en me disant que je vis dans un monde de fous.

Ne restez pas un quart de seconde immobile quand le feu tourne au vert, vous risquez de voir l'Audi du millionnaire qui vous suit vous hurler du klaxon. Ne traversez pas la rue s'il y a une voiture qui s'en vient dans un rayon d'un kilomètre car Dieu seul sait à quelle vitesse la mémé s'en vient.

C'est le royaume de la vitesse. On est pressé partout. Même dans les allées du supermarché, on nous pousse au cul avec les chariots. Combien de fois ai-je entendu de profonds soupirs derrière moi parce que la dame devant nous paie avec sa petite monnaie. L'Internet ne fonctionne pas pendant 2 minutes? C'est la panique.

Y aurait-il en quelque part une ombre de solution à cette folie des secondes miniaturisées? Je ne crois pas. On invente, chaque jour, de nouveaux produits pour aller plus vite. Et sans le savoir, on se complique la vie. Pourtant, quand on parle un peu avec nos collègues, nos amis, notre famille, on se rassure car la plupart sont conscients de cette folie mais je peux vous garantir que lorsqu'il s'agit d'avoir son machin-truc tout de suite ou d'arriver le premier à la super-méga-vente de machin-chouette, ils sont les premiers à courir pour pouvoir se vanter d'avoir été les premiers ou les meilleurs.

Est-ce que c'est un phénomène nouveau, typique du 21e siècle ou est-ce au contraire un truc que l'humanité traîne depuis l'aube des temps? Je serais tenté de dire que c'est depuis l'avènement des usines de production à la chaîne, du genre Ford. La course à la consommation et la publicité ont fait que nos besoins sont devenus instantanés, pressés, immédiats faute de quoi un malaise voire une grande frustration s'empare de la personne privée de ce besoin. C'est un cycle qui entraîne alors le manufacturier ou les autorités à répondre rapidemment au besoin de ce consommateur. Mais qu'est-ce qu'un besoin? Moi, j'ai besoin d'eau, de nourriture, d'un toit, et d'un peu d'amour. Je n'ai pas besoin d'un connection Internet à immense vitesse, d'un cellulaire qui compte mes pas ou d'un soulier muni d'une caméra-satellite. Je n'ai pas non plus besoin d'un écran de télé en jello-électronique financé par une hypothèque sur 25 ans. Non plus d'une femme siliconnée obsédée par son poids santé ou par le dernier produit anti-ride aux algues cryonisées. Je n'ai pas besoin d'une voiture munie d'un Gé-Pé-Esse, d'une maison secondaire sur le bord d'une piste de ski sans neige. J'ai besoin de vivre et de respirer. C'est tout.

Curieusement, on voit émerger un peu partout des centres de yoga, de méditation ou de gymnastique holistique. Les gens ont besoin d'arrêter un peu le tic-tac fébrile mais ils vont tout de même courir pour s'y rendre et se dépêcher de rentrer à la maison pour ne pas manquer l'épisode de Beauté désespérées. Ils vont laisser le cellulaire ouvert au cas où on chercherait à les rejoindre. Même truc pour le pendant positif du fast food, le slow food, associé au produits bio, sans OGM. On dépense des milliers de dollars pour se prétendre associé à ce nouveau mode de vie mais pour payer ces fantasies, il faut travailler deux fois plus. Et maintenant Walmart veut vendre du bio!

J'ai l'impression qu'on vit sur du temps emprunté. Imaginez une carte de crédit du temps sur laquelle on impute des dépenses illimitées de temps. Le problème, c'est qu'on ne peut jamais rembourser ce temps. Il est perdu à jamais. Alors quand survient un malheur, peut-être même (et fort probablement) la mort, on n'a qu'un milliardième de seconde pour réaliser qu'on a rushé pour rien.

mercredi, juillet 19, 2006

Le beau jeu

Avec la guerre qui sévit au Liban et tout le drame humain qui se cache derrière les bombes, il y a des réflexions qu'on ne peut s'empêcher de faire. Les Libanais qui vivent hors des frontières de leur pays voient encore une fois leur berceau massacré par l'aveuglement féroce des nations. Qu'un groupe terroriste soit au coeur de cette folie ne me surprend pas. Une nation cherche à se défendre contre le terrorisme, comme l'ont fait les Américains dans des pays comme l'Afghanistan et l'Irak. Financé par l'Iran, les fantatiques du Hezbollah sont fiers d'avoir jeté de l'huile sur des braises encore trop chaude. L'armée Israélienne a mordu à la carotte tendue par ses ennemis. Tout le pays du cèdre s'enflamme et ce ne sera qu'au bout des centaines de vies humaines sacrifiées qu'on décidera d'intervenir, nous les Canadiens, nous les occidentaux, nous les êtres humains.

Je ne veux pas tomber encore dans le sentimentalisme. Et l'humour ne tient plus. C'est une folie que de croire que parlementer avec des terroristes calmera les objectifs des pays qui les financent ou les soutiennent. La vie du terroriste est de semer la pagaille, de terroriser le monde pour des causes qu'ils croient justes. Mais, au-delà des convictions obsessives de ces gens, il y a, tout autour, des pays qui les soutiennent et leur donne le jus pour tenir le monde en suspends. C'est à ces peuples, à ces nations que nous devrions nous adresser. Et c'est urgent.

À voir les Magnifiques, les Rois du G8 manger du caviar en souriant, on se demande vraiment vers où on s'en va. Le Cowboy, le Pantin, le Pédant, le Plume-poudingue, l'Ivrogne et tous les autres font des grands sourires pour la caméra et discutent de leur agenda, de leurs engins, de leurs femmes mais ignorent qu'on assassine des innocents en Irak, en Afghanistan, au Liban et j'en passe. Quant à l'O.N.U., monsieur Annan et ses accolytes publient des beaux textes sur le terrorisme et tout ce blabla fait de la belle dentelle qui n'impressionne plus personne.

Que retiendra-t-on de tout ce beau jeu que se livrent les Grands Enfants de ce monde? Qui restera sur cette terre pour ramasser les derniers vestiges d'une société dite évoluée? Que ferons-nous si l'un d'entre eux décide d'appuyer sur un bouton pour lancer une bombe atomique? Il sera, comme d'habitude, trop tard. Quand des milliers de morts deviendront des millions, nos futurs arrières-petits-enfants regarderont ce début de 21 siècle comme une invraisemblance. Ils diront: "Ils avaient tout pour être en paix et ils se sont entretués!"

lundi, juillet 17, 2006

Ma blonde et sa famille


Ce matin, la voix trembolante de ma blonde, seule de sa famille établie ici au Canada, me parlait de sa famille isolée au Liban. Ses cinq soeurs et trois frères, et aussi sa mère, sont tous résidents de Beyrouth, là où tombent, à l'heure où j'écris ces quelques lignes, des tirs de roquettes, des bombes et dieu seul sait quoi, sur leur toit. Des cibles innocentes, des civils, qui meurent pour une chicane entre des groupes politiques/religieux. Le Liban est encore une fois pris en sandwich et revit le cauchemar de la guerre après trop peu d'années d'accalmie. "Tu as enlevé deux de mes soldats, je tue des centaines de civils!" Bravo, messieurs les Juifs, ces ancêtres de Jésus! Bravo messieurs les Juifs qui dénoncent le massacre de millions des leurs lors de la 2e Guerre Mondiale! Bel exemple pour la suite des événements!

Vous vous en foutez peut-être parce que vous avez d'autres chats à fouetter (le prix de l'essence qui augmente, le changement d'huile dans votre Audi, les fenêtres à changer dans votre résidence secondaire à Morin Heights, le traitement d'orthodontie de la petite, le dernier CD de Garou à aller acheter pour votre maîtresse, et la liste s'allonge...) Je vous comprends. Moi aussi, j'aurais tendance à m'en foutre royalement. Mais depuis plus de six mois maintenant, je partage mes pensées, mes mots tendres et mes angoisses avec une libanaise qui a vécu la guerre civile, qui a fui cette folie du voile, de l'intégrisme, de l'autorité mâle qui faisait de sa vie un cauchemar. Aujourd'hui, dans la prétendue sécurité du Canada, dans les petites chicanes intestinales du Québec, parmi les commérages de ses collègues de travail, elle se retrouve une fois encore devant les angoisses de la perte de ses proches.

Ils sont peut-être en sécurité dans un village du nord du Liban. C'est l'été. Les arbres de Baalbeck ploient sous le poids des pêches ou des figues. Là-bas, le ciel est bleu et l'air est pur. Ils sont loin de ces tracas, sans téléphone ou télévision pour polluer leur existence. Et pourtant, l'ombre de la haine les rend craintifs. Et si les bombes ennemies arrivaient jusque là? Et si la Syrie se remettait à venir mettre sont nez dans les affaires internes du pays?

Le Moyen-Orient se désagrège. Son cancer est multiple. Il semble se résorber puis réapparait là où on le croyait battu. Iran, Israël, Palestine, Irak, Afghanistan, Syrie, Liban, Arabie Saoudite, tous se regardent comme des chiens apeurés, songeant à la vengeance, croyant détenir la Vérité. Et quand on en a assez de pointer du doigt notre voisin qui ne force pas sa fille a porter le voile ou celui qui prie Allah plutôt que Jésus dans la cour voisine, on justifie notre colère en jugeant les occidentaux responsable de tous nos mots. C'est à vomir! Et je ne parle pas que de musulmans ou de juifs. Je parler aussi de québecois, de français, d'australiens et surtout d'américains.

Je suis peut-être simpliste ou idéaliste. Ma naïveté m'empêche peut-être de voir plus loin que le bulletin de nouvelle, mais à voir une petite fille à la peau brune qui est née ici, qui parle avec des 'bin c'pasque' ou des 'genre', qui chiale parce que l'eau citronnée goûte bizarre, qui regarde des séries américaines traduites à la française et qui ne parle presque pas la langue de ses ancêtres, donc, à voir cette fillette pleurer en craignant que sa grand-mère ne meure sous les bombes des isräéliens, je demande pourquoi on n'est pas capable, nous, les êtres humains, les êtres vivants supposément d'intelligence supérieure, de vivre dans la paix et l'amour de nos frères et soeurs, quelle que soit la couleur de notre peau, quel que soit le dieu que l'on prie, quel que soit le passé qui nous unit ou nous déchire?

J'en ai déjà parlé ici, mais je me répète: c'est parce qu'on n'est même pas capable de s'endurer dans la même religion, dans la même maison, du même sang que la guerre existe et va exister aussi longtemps qu'on ne sera pas capable de régler nos petites chicanes internes. C'est idiot mais à partir du moment où tu es capable de pardonner, de comprendre ce que l'autre vit, que tu n'es plus jaloux de ce que l'autre est pour toi, de son meilleur salaire, de sa vie plus joyeuse, quand tu es capable d'accepter que l'autre est différent de toi, que tu dois le laisser aller s'il veut partir, que tu ne le juges pas, que tu le respectes, que tu acceptes ce qu'il est, tu fais donc un pas vers la paix. Mais, on passe notre temps à critiquer, juger, quantifier, mesurer, calculer, jauger (bon, prenez un dictionnaire pour les autres synonymes...). Il n'y a plus de place pour l'amour. Le vrai. C'est bien plus important de placer notre argent dans un fond à rendement supérieur ou investir dans des actions que de donner la main et regarder l'autre dans les yeux. C'est plus facile de tirer dans le tas ou direct dans la tête plutôt que de s'asseoir et se parler pour trouver un terrain d'entente. C'est ma couverture, c'est mon jouet, c'est ma part de gâteau, c'est ma place, c'est ma balle. Regardez les enfants, vous verrez toute la guerre qu'ils entretiennent.

Ma blonde me disait qu'au lieu de chicaner et séparer les enfants, on devrait les mettre face à face et les laisser trouver une solution à leur problème, sans se mordre, se griffer, se crier des bêtises. C'est vrai. L'éducation des enfants, donc des futurs adultes, commence au berceau et ce n'est pas en leur plaçant une grenade ou un fusil mitrailleur, voire une bible ou un programme du Parti Québécois entre les mains qu'on va en faire des êtres humains. On en fait plutôt des êtres racistes, des juges et des meurtriers. On se débarasse du problème du sort humain parce qu'on n'est pas capable, nous-même, de dealer avec la complexité du problème. "Va te battre mon fils. Ainsi, quand tu mourras, on pourra te pleurer comme un martyr mort pour la cause!"

Mais que voulez-vous? Je ne suis qu'un pauvre idiot qui ne demande qu'à aimer. Et je n'aime pas me battre. De toute façon, qui a vraiment envie de se battre pour aimer?

mardi, juillet 11, 2006

De bonnes guerres...


Je n'arrive pas à m'imaginer quel genre de couverture médiatique aurait eu nos soldats canadiens lors de la Deuxième Guerre Mondiale si les moyens de l'époque auraient été les mêmes que ceux dont nous disposons aujourd'hui.

J'entendais ce matin un reportage sur la perte d'un autre soldat canadien en Afghanistan. Des témoignages touchants, certes, et on ne peut qu'être profondement touché par la mort d'un être vivant quel qu'il soit. Je ne nie ni cela ni le fait que la guerre est une chose horrible. Par contre, appelons les choses comme elles sont: la guerre, c'est la guerre. On ne va pas à la guerre pour ramasser des champignons ou prendre des photos des paysages. On ne va pas à la guerre pour se trouver une compagne ou un compagnon de vie, ni pour échanger des timbres. On va à la guerre pour défendre des droits qui ont été brimés, pour combattre des ennemis qui n'ont pas d'autre idée que d'éliminer l'adversaire. Je suis pour les négociations, pour les accords de paix, pour la médiation, et toujours, je le répète, contre la guerre. Et en fait, je n'ai rien contre le fait qu'on parle de ces morts inutiles. Ce qui me trouble, c'est la couverture médiatique. Quand un soldat (ou une soldate) meurt au combat, on pleure sur les ondes. On fait des gros plans sur le désarroi des familles brisées par cette perte. On fait tout un étalage avec un cercueil qui descend de l'avion.

Imaginez un peu si on transférerait ce cirque dans les années du débarquement de Normandie. On ne cesserait pas de parler de Jean, de Paul, de Jacques, fils de Fleurette, fils de Gérard, fils de Benoît, domicilié à Ste-Dorothée, à Drummondville, à Sheffordville... On se promènerait avec l'hélico de TVA pour survoler les familles en deuil, pour mieux voir le sol détrempé par leur larmes.

Pendant ce temps, des milliers d'enfants meurent de faim, du SIDA, victimes de massacres ou de viols dans des villages oubliés. Pendant ce temps, des bombes explosent à Bagdad ou des gorges sont tranchées et on en fait un topo de 15 secondes tandis que Chose Machin de Moose Creek a droit à 5 minutes.

Vous me direz que ce sont des choses normales, que ce sont presque nos voisins. Ça nous touche de plus près, c'est chez nous. Peut-être. Mais ce sont tous des êtres humains. Je ne dis pas qu'il faut pleurer tous ces morts en même temps et s'arracher les cheveux face à notre impuissance à faire cesser ces pertes inutiles. Mais si on prenait le temps, une seconde peut-être, pour laisser notre coeur s'ouvrir pour la paix dans le monde, si on cessait de se battre pour des pécadilles, des chicanes de voisins, entre parents et enfants, entre couples déchirés, si on arrêtait de vouloir tout contrôler, tout posséder, tout manipuler, on vivrait tellement mieux.

Le matin, dès que j'ouvre les yeux, je pense à toute la haine qu'on entretient pour des broutilles. Des rancunes, de la mauvaise foi, des fautes à moitié regrettées, des abus et des faussetés qu'on arrose de mots et d'actions en justice, et je laisse cet énorme chargement flotter un peu plus loin pour regarder le monde autour de moi. Le ciel est bleu. Le soleil brille. Les oiseaux chantent. Ma blonde m'aime. Je respire. Je suis vivant. Pourquoi me batterais-je comme le font ces soldats là-bas? Pourquoi tant de haine? Ne peut-on s'aimer sans se compliquer la vie? Il appert que le chemin sur lequel nous nous engageons est celui que nous choisissons . Et certain(e)s choisissent la voie de la guerre. Et il y aura des victimes, c'est inévitable.

Je sympatise avec les familles de ces soldats mais ils ont choisi un métier difficile et extrêment risqué. Je ne peux pas être vidangeur si je ne supporte pas la puanteur des vidanges. Je ne peux être un médecin si la vue du sang me donne le tournis. Je ne peux être curé si je ne crois pas en Dieu. Je ne peux pas être pâtissier si je déteste les desserts. Je ne pourrai jamais être un soldat car je ne peux tuer (du moins dans la vrai vie...) C'est un choix que je fais, comme eux, comme elles.

Je pourrais être découragé de ce monde mais je choisis la voie du courage et compte toujours sur la bonne volonté de ceux et celles qui m'entourent pour faire de ce monde un endroit agréable. C'est une tâche colossale mais avec des efforts de paix et de bonté, avec le pouvoir du coeur et la pureté de l'âme, on peut accomplir des miracles. Ceux qui choisissent le camp de la guerre prennent les risques inutiles. Ils finissent toujours par payer.

lundi, juillet 10, 2006

La femme et ses statues

Je connais une femme (n'essayez pas de deviner qui c'est, c'est une histoire, pas une biographie) qui adore des statues. Elle se tripote la pêche rien qu'à regarder Ganesh ou le chihuahua en zyeutant Shiva. Elle prend des poses comme çi ou d'autres comme ça en se prétendant le centre de l'Univers, en croyant être à l'écoute des gens qui l'entourent et on la trouve donc 'bin fine'. Avec ses grands yeux de biche abandonnée au triste de sort de la bêtise humaine, elle marche comme une dinde et respire comme une vieil évent replis de cheveux frisés.

Ainsi, la voici qui entre dans une boutique de trucs et machins indiens. La pièce sent le patchouli mouillé. Elle s'émerveille devant une déité dorée qui a un gros point rouge dans le front. Son coeur se met à battre comme une toune de rock & roll. Elle regarde l'étiquette de prix et soupire. Pas dans ses moyens. Elle sort, l'air piteux et maudit le sort qui la poursuit. Elle pense à cet homme qui fut un jour celui de tous ses jours et qui est maintenant un fantôme sans contours, un furoncle dans sa destinée, un ongle incarné dans ses pas vers l'avenir, une artère bloquée dans son carrefour giratoire, un cloporte visqueux dans sa soupe au tofu, un cancer dans son cerveau supérieur. Elle a un haut le coeur. Elle le hait. Comme il est méchant de vouloir lui dire quoi faire. Il n'y a que elle qui sait tout car elle a suivi une thérapie de groupe, vu des psys, fréquente désormais un homme équilibré, a maintenant le droit de mentir, tromper, déformer la vérité pour que son ego soit bien, ne se sente plus écrasé.

Ce matin encore, cette girouette, qui se croit éternelle et qui vole désormais de ses propres ailes, a vu deux ridelettes aux coins de ses yeux. Elle a presque hurlé. Elle s'est mordue les jointures, a tapé du pied. 'Voilà encore l'oeuvre de ce mécréant d'homme'. Comme de fait, en arrivant au travail, voilà qu'un courriel rempli de stupides demandes vient encore l'opprimer, lui serre la poitrine. Qu'à cela ne tienne, elle ne lui répondra pas. Il n'existe plus, cet être vil, monstre de par tous ses pores, suintant la méchanceté, violent à travers ses mots à double-sens, comme un 's'il-vous-plaît' dit avec un air de 'va chier'. Ah, ce 's'il-vous-plaît' est si méchant. C'est comme un 'merci' qui cingle comme un licenciement ou un 'd'accord' qui déchire parce qu'il tombe comme un vieux tronc d'arbre eventré par la fougue intestinale des termites. Il la blesse encore plus. Elle se sent des larmes monter et quelqu'un l'aperçoit dans cet état, déconfite, dans le sirop de ses larmes. 'Pauvre petite' chuchote-t-on dans les 'cubicules'. 'Son passé ne cesse de lui revenir, la brimant de toute sa joie de vivre!'. Qu'on la plaigne donc encore un peu. Si j'osais imaginer un bon samaritain lui commandant une messe, ce serait parfait.

Mais elle se tient droite, rassurée dans ses gestes. Elle ne lui répondra même pas par 'oui' ou par 'non' parce qu'il ne vaut pas cela. Il est un déchet, cet homme. Elle n'en voudrait même pas comme carpette devant un foyer. Ce loup-garou mesquin la vampirise. Elle voudrait le gommer de son passé car les souvenirs ressurgissent comme un seau de vomissure qui fermente dans son estomac noué. Non, elle ne lui répondra plus jamais car elle a peur qu'il ne se mette à dire des monstruosités comme des excuses ou la blesser encore plus en acceptant ses demandes. Plaçons donc avocats, notaires, agents d'immeubles, représentants d'assurance et de banque entre eux deux pour s'éviter la galère. Il la tuera, elle en est certaine. Pis encore, la laissera vivante avec le passé accroché à ses baskets (de course). Mais avant, elle est convaincue qu'elle le ruinera, moralement et financièrement pour l'avoir tant fait souffrir de ses caresses et de ses mots d'amours. Aujourd'hui, cet homme, vous le devinez, a trouvé dans les bras d'une autre, un amour plein de simplicité, vide de complexité, nageant dans la réalité, au jour le jour, sans avenir planifié ou structuré. Elle n'aime pas non plus cette femme au nom compliqué. Elle doit le pousser au crime de la torturer de mots et de pensées destructrices envers elle, la seule et unique qu'il a aimé. Ce sont toutes des folles, ces femmes qui l'ont aimé. Ce sont toutes des innocentes qui doivent fuir la planète pour l'éviter.

Shiva, Ganesh, Durga et Krishna, vous êtes bien chanceux car vous ne pouvez rien faire pour faire changer d'idée cette autruche sans cervelle. Elle vous vénèrera longtemps. Quant à tous ces autres hommes qui gravitent autour d'elle, et même j'ajouterais toutes ses amies, soyez prudents et prudentes car si vous manquez de lui plaire ou de la vénérer telle on vénère une statue, elle vous enlevera de votre piédestral et vous jettera aux oubliettes.

Ne vous fiez pas aux apparences car l'homme brisé qui pleure ici n'est pas ce monstre dépeint par ma plume acerbe. C'est un être humain, tout simplement. L'homme qui pleure toute la violence silencieuse d'une femme qu'il avait cru jadis être humaine.

Namaste.

mardi, juin 27, 2006

Pas de nouvelles, bonnes nouvelles


Imaginez-moi ça un petit moment: Vous arrivez du travail, vous délacez vos lacets, décravatez votre chemise et vous allumez le poste de télévision. Sur l'écran géant (on vous imagine riche, c'est plus intéressant dans le texte), vous voyez Renard Derome, Céline Galipette ou Bière Pruneau qui dit, textuellement: "Madame, monsieur, bonsoir. Ce soir, il n'a pas de nouvelles. Revenez-nous à 22 heures pour le bulletin de fin de soirée!"

Vous restez là, sidéré pour ne pas dire bouche bée, la télécommande dans une main moite, la sueur froide au front brûlant. Des phrases syntaxement incorrectes du genre "De késsé qu'a vient de dire elle-là?" ou bien "J'ai-tu bin entendu?" ou encore (ce qui suit ne s'adresse pas à un jeune public, la discrétion des parents est recommandée) "C'est quoi cette ostie de poste à marde? J'ai payé mon câble, j'veux des mauvaises nouvelles!"

Quoiqu'en disent les hypocrites de la communication, une journée sans nouvelles devrait être une bénédiction des cieux. Juste le piaillement des oiseaux, le frottis des feuilles d'arbre dansant sous la brise tiède devrait suffire pour combler notre jour.

Et bien non. Vous voilà enragé: pas de nouvelles? C'est impossible. Il a toujours des nouvelles. Et si elles sont mauvaises, c'est encore mieux. Ça nourrit les conversations devant la bouteille d'eau ou sur le trottoir en fumant une cigarette.

Poursuivons le fantasme:

"Ouin, y fait beau, hein?"

"Ouin, pas mal beau."

"Pas de nouvelles hier, hein?"

"Ouin, pas de nouvelles."


Et vous vous en retournez dans votre petit coin en pensant que ça serait bien qu'on trouve une tonne de cocaïne chez une star homosexuelle ou qu'il y ait une tremblement de terre à St-Damien, où réside justement votre pire ennemi(e). Ou peut-être que Céline Dion est enceinte de Gérard Depardieu ou qu'un environnementaliste a été pris en flagrant délit en train de se moucher dans un klennex non-recyclé assis sur le capot d'un Hummer. N'importe quoi. Mais pas 'pas de nouvelles'.

On est rendu qu'on ne peut pas respirer sans nouvelles, bonnes ou mauvaises. Et puis, il en faut une bonne douzaine. Différentes à chaque jour. Ne parlons plus de Guy Cloutier ou d'Anne-Marie Péladeau, du tsunami ou de l'Afghanistan. Arrêtez de nous rabâcher les oreilles avec l'Irak ou les guéguerres entre les Palestiniens et les Israéliens. Fini Raël, Elvis Story ou le gouvernement Charest. Creusez pour trouver mieux, messieurs et mesdames les journalistes. On veut des images, du crû, du salé, du piquant. Bombardier a créé 100 emplois? On baille. Québec octroie 100 millions pour les écoles? On s'endort. Chantal Pary est condamnée à verser 200 dollars? Vous vérifiez si votre lecteur vidéo n'est pas en train de relire une vieille cassette.

Un exemple tordu: Quand le Pape JP-II s'est mis à faire dans le comateux, des milliers de journalistes se sont mis en groupe pour japper toutes sortes d'inepties étourdissantes pendant 48 heures. On a trouvé des tas de documents, des gens qui l'ont rencontré en 1946 dans un confessionnal, d'autres qui ont montré un bout de cure-dent qu'il aurait mâchouillé. On est devenu des vautours de l'information. Normand Brathwaite a cligné des yeux? Vite faisons-lui un test d'alcoolémie. Jean Charest ouvre la bouche, vite, levons une manifestation pour se plaindre.

Allo? Est-ce qu'on peut seulement s'asseoir et respirer un peu? Le ciel est bleu, même s'il y a des nuages (ouais, mais la récolte de fraises va être dangereusement remise en question et puis il y a le virus du Nul et les épandages de pesticides que les villes autorisent en secret). L'air est encore respirable (surtout si vous ne prenez pas votre VUS pour aller chercher votre courrier au bord du chemin) et l'amour est encore gratuit (si vous cherchez bien et que vous évitez les pièges des femmes qui ne pensent qu'à elles). Ce n'est peut-être pas des nouvelles mais c'est sacrément plus humain que de zapper d'une catastrophe à l'autre en mangeant du maïs soufflé.

jeudi, juin 22, 2006

Folle autruche


Greta est autruche de classe supérieure. On lui a frisé les plumes, son bec est de style cocorico. Ses pattes font l'envie de l'enclos où se croisent les plus simples d'esprit comme les plus intelligentes. Mais tous vous diront qu'elle est l'Autruche des autruches. Sa droiture est exemplaire.

Par exemple, quand Frida, une de ses grandes amies, a dit à des collègues de broutage, devant elle, qu'elle dormait sur un lit de pailles dorées au troisième étage du poulailler, Greta a fait un de ses sourires que seul son bec peut lui permettre et recula de trois pas. Cette affirmation de Frida, qui était en fait un mensonge vantard, mit fin en une fraction de seconde à cette amitié béton. Or, pour ne pas se trouver dans l'embarras, Greta fut un jour, à son tour, obligée de mentir. Pieux mensonge, direz-vous pour l'excuser, car avec ses yeux de canard rôti au miel, elle vous dira, le bec légèrement temblotante que ce n'est pas un vrai mensonge et qu'on doit fermer les yeux sur cet accroc car sa beauté, son intégrité forte en plumage et en démarche hautaine peuvent tout effacer, n'est-ce pas?

Retrouvons donc Greta qui vient de quitter l'enclos parce que, dit-elle, celui qu'elle vient de visiter est plus calme et plus homogène. Il y a dans cet enclos des singes européens, des crocodiles cubains, des hyènes végétariennes internationales et d'autres espèces tellement plus intelligentes que celles qu'elle rencontrait dans le petit enclos médiocre où elle a jadis affirmé qu'il était le paradis. Mais Greta est ainsi. Un jour, une fleur est un bijou extraordinaire et le lendemain, c'est une mauvaise herbe puante et médiocre.

Or, voici que Sully le ver de terre, qui la suivait partout et qui était un ami intime de la folle autruche, ce Sully donc se présente à ce nouvel enclos, à la porte, bien entendu car il n'a pas le statut élevé des illuminés qui y habitent.
"Ahem, Greta, je..." balbutie-t-il en brunissant.

Greta sursaute. "Ah, tu es là toi. Que me veux-tu? Tu es venu me rembourser les grains que je t'ai si gentiment fournis lors de la sécheresse de l'été passé?"

Sully toussote. Il ne s'attendait pas à cet accueil. "Mais non, Greta je croyais que..."

Greta pousse un long soupir et change d'appui sur sa longue jambe droite. Elle déglutit. Elle sent que Sully va encore l'agresser.

"Tu me dois 18 kilos de grains, Sully. Je les veux immédiatement."

Sully hésite puis dit: "Mais, vois-tu, Greta, tu m'as laissé le nid et je dois m'occuper de l'entretenir, d'empêcher les coccinnelles de s'y établir. Et il y a Grojo qui demande les paiements en grain et il dit que..."

Greta coupe sec à ces blablas qui lui font perdre son précieux temps et décoiffe son port altier:

"Sully, tu ne m'écoute pas: J'ai besoin de ces grains. Je prépare ma formation d'autruche sybilline. J'ai aussi mon nouveau nid et... et..."

Sully en a assez. Depuis trop de temps il la laisse parler et parler dans un claquetage incessant ne lui laissant que des courtes inspirations pour essayer d'intervenir. Mais il en a assez.

"Non Greta. Tu vas m'écouter..." fait-il en haussant le ton de deux crans (et pour un ver de terre, cela peut paraître énorme alors que pour l'humain c'est infinisime).
Greta fige, les yeux écarquillés: "Ne m'agresse pas. Ne crie pas après moi!" s'insurge la frisottée. Elle tape de la patte sur le sol caillouteux: "Je veux mes graines tout de suite sinon..."

Sully se dresse sur le bout de son corps et tente de fixer les yeux de l'autruche qui gigote dans tous les sens.

"Pas avant que tu ne m'aies remboursé ta part de l'entretien du nid..." fait-il d'une voix sûre.

"Oh, dinde de dinde, il faut que je parte" dit Greta en tournant sur ses griffes. Elle se faufile entre les caisses et les branchages de l'enclos et Sully reste planté là en se demandant ce qu'il pourrait bien faire pour que cette folle volaille lui remette son dû. Il rampe sur le sol jusqu'à l'enclos et essaie en vain de penser à autre chose.

Greta revient bien vite, l'air pâle et la jambe tremblotante. Elle porte en son bec un papier sur lequel elle a écrit: "Sully me doit 18 kilos de grains et moi je ne lui dois rien de rien. Signé Moi G"

Sully regarde le papier plein de bave d'autruche et grimace: "Ce papier ne vaut rien. J'ai parlé à Maître Meuh (c'est une hermine de classe supérieure qui est aussi avocate) et elle m'affirme que non seulement je ne te dois rien car point de preuve il y a dans cette dette autrement que par ton témoignage mais que tu dois aussi me payer ta part du nid de l'enclos. Quand je le quitterai à mon tour et que Grojo le récupérera, nous serons quittes et je ne veux plus te revoir. Jamais."

Ce dernier mot a été dit si brusquement que l'autruche vacille. Elle a un haut-le-coeur et se met à trembler.

"Tu es un méchant ver de terre. Tu n'es qu'un goujat, un mécréant qui ne pense qu'à lui. Oh, voilà que je suis encore malade! Je vais avoir une sinusite du talon. Vite, il faut que je coure mes trois marathon et mange du tofu de bison biologique avant de sombrer dans la catapilepsie autruchienne!"

Et la pauvrette s'en va encore, titubant sous les yeux amusés des habitants de l'enclos. On se l'imagine facilement en train de raconter à tous les animaux vivants de l'autre côté de la clôture combien ce ver de terre est un être vil et malsain. Comment il l'a maltraitée. Comment sa violence l'a détruite. Elle ne se peut plus d'horreurs dans sa tête. Comment a-t-elle pu un seul instant vivre aux côtés d'un être sans colonne vertébrale, gluant d'idées de père aimant, de courage de vivre dans une réalité qui n'existe pas. Pourquoi ne veut-il pas lui donner son dû à elle? Pourquoi veut-il qu'elle rembourse ce sale nid déglingué qu'elle n'habite plus et ne veut plus habiter alors que celui où elle a élu domicile est déjà un poids mais ô combien plus agréable que la puanteur du nid d'avant et la présence de Fido, ce gentil singe européen, tout plein d'attention avec elle, qui l'admire tant, qui la vénère. Elle se couche en chien de fusil et vomit en silence sa haine de ce ver de terre malodorant qui l'agresse, la violente, la jette aux orties alors qu'elle est si tant tellement douce et charmante, unique et vénérée par la multitude des êtres éclairées qui l'entoure. Elle pense à son père, Hector, qui n'a jamais hésité une seule seconde lorsqu'on lui a proposé d'aller 'travailler' au restaurant 'Au Paradis' et qui a honoré un des plats exotiques servis par le grand chef S. Thomas. Elle le revoit encore dans sa sauce au canneberges, fière de lui. Rien à voir avec sa mère qui ne les ai jamais compris et qui préfère croire aux dures réalités de la vie en priant chaque jour St-Plumeau de Saudite d'Érablie et rester dans sa cage rouillée à cajoler sa soeur qui rêve de finir dans un six-pâtes saguenéen, icognito.
Bon, et bien bref (souligne l'écrivain).

Plus tard, Sully s'amène avec maître Meuh derrière lui. Greta panique. Elle ferme les yeux. Elle cache sa tête dans une chaudière remplie de purin (mais ce n'est pas grave car c'est du purin de qualité supérieure qu'on ne trouve que dans cet enclos exceptionnel). Elle cesse de respirer et se met à cantonner des oraisons byzantines et des psaumes babylonniens alors que Maître Meuh récite l'acte d'accusation. Tous se regroupent autour de la pauvre Greta qui dit des non, non, non, en essayant de garder sa prestance. Or, il y a parmi les témoins autant de gens de l'enclos de Sully que de celui de la pauvrette.

"En conclusion, Greta l'Autruche doit à Sully le Ver la somme de 2 kilos de grains après la répartition des dettes de chacun et après la reprise du nid par Grojo le Coyote."

Greta se contortionne et sa respiration se fait saccadée: "Non, non et non, je veux mes 18 kilos et je ne payerai pas un seul grain pour cette saleté de ver de terre qui m'insulte, me violente, me hurle des menaces, me jette des poursuites et m'agresse intellectuellement, moi, la seule et unique Greta l'Autruche, la plus belle des plus belles. Je suis unique et personne ne peut me toucher et tous me doivent respect."

Fido, Tricky, Bébéri, Rubane et toute une volée de membres de l'enclos regardent Greta et se demande si elle ne leur a pas joué un sale tour avec sa prestance et son intégrité. La voilà couverte de boue, de purin et aussi de honte. Son attitude de folie est démasquée et tous, tranquillement s'en retournent vaquer à leurs tâches laissant derrière eux une autruche défrisée. Quant à ceux de l'enclos où Sully vit encore, ils ne peuvent s'empêcher de réaliser à quel point Greta les a aussi manipulés, leur a aussi fait croire mille faussetés par devant son aura de femelle prétenduement alignée avec la cosmologie tantrique et équilibrée dans un enfer qui semblaient issus du leur. Ils rebroussent chemin tout doucement, en chuchotant.
Sully reste là à regarder Greta se noyer dans ses larmes.

"Pourquoi, Sully? Pourquoi m'as-tu fait tout cela?" fait-elle entre deux sanglots étranglés.

"Moi, Greta, je n'ai rien fait. C'est toi qui a tricoté ce piège dans lequel tu t'es enfermée. Pleure maintenant... Mais pleure seule car j'ai un rendez-vous avec la Réalité."

Et Sully rampe tout doucement vers le couchant en sifflotant un air d'été.


(J'ai encore commis un texte remplis de sous-entendus et bien sûr il se trouvera quelque personne pour s'identifier à l'un ou à l'autre des personnages qui y sont présentés. Mais je me permets de citer que toute ressemblance avec une ou des personnes vivantes ou décédées est le fait d'une pure coïncidence. En effet, qui a déjà vu une autruche coucher avec un ver de terre ou pis encore, un singe? Franchement...)

mardi, juin 20, 2006

Orage


Il y a des matins, je te jure, où j'ai envie de me cacher au fond d'une garde-robe et oublier même que je suis vivant. Un goût de tuer lentement, de faire souffrir s'immisce alors en moi, surnoisement comme une tarentule dans une maison remplie d'êtres humides. Je serre les dents et je me dis que ça va passer. Les orages ont beau tout couvrir de noir et mouiller en apparence l'univers entier lorsqu'ils passent, il n'en reste pas moins que derrière cette folie, il y a le soleil et la chaleur. Or, dans le coeur de la tourmente, peu de gens peuvent se vanter d'envisager de façon contrôlée qu'il existe une solution à tous ces problèmes qui font de la grêle sur notre beau parterre de soi.

Voilà plus d'un an que je me lève tous les matins en me disant, d'un ton un brin optimiste, que cette journée m'apportera joie et calme et j'y crois vraiment quand j'entre dans la baignoire ou sous la douche. J'y crois encore quand je me brosse les dents et que je me place en file pour passer à travers la congestion tout en écoutant les commentateurs de tout acabit déverser leur fièvre sur les ondes de la radio. Mais, inévitablement, je vois un petit nuage se poindre à l'horizon et je le regarde grossir à vue d'oeil. Je me sens comme le garagiste bêta qui fuit la bouille du vendeur de Honda dans les pubs télé. Je me dis : "Oh, non, pas encore lui..." Je ferme les yeux et il est encore là, un peu plus gros. L'Opti devient Pessi dans toute cette Miste. Je me dis "et quoi encore?" Je sors un vingt-cinq cents, je le flippe, je n'ose pas regarder ce que le hasard va m'apporter puis je souris en voyant la 'bitch brit' brille de tout son éclat ou l'orignal figé dans l'argent argenté qui hurle à la lune. Je ne me souviens plus ce que j'avais choisi et je rempoche la pièce en jurant.

Je me laisse couler dans la routine et finalement, tout s'est quand même bien passé. Et je fais un bilan: j'ai respiré de l'air relativement pur; j'ai parlé à ma 'brune'; j'ai ri en entendant Gilles Proulx s'époumonner contre les tapeux de tambours; j'ai mangé un bon 'spag'; j'ai lâché un vent alors que je descendais l'escalier en sortant du bureau; j'ai encore un job; j'ai encore mes enfants et ils sont en bonne santé; j'ai vu un geai bleu; j'ai téléphoné à un vieil ami pour lui demander de ses nouvelles; j'ai écrit mon blog... bref, parmi toutes les pensées autant négatives que positives qui meublent mon quotidien, je constate que le poids du blanc surpasse celui du noir et je me dis que ce n'est pas si-tant-trop mal que ça. Alors, je deserre les dents et je sors du bureau.

Et là, il y a un orage.

mercredi, juin 14, 2006

Régine et son régime

"Mange-les donc tes c... de bananes!" crie Rosario à sa Régine. Cette dernière grince des dents. Dans sa petite tête obsédée, elle se voit large comme la collection audiomusicale complète de Madonna. Elle s'imagine lourde de conséquence, trichant sur les points qu'elle inscrit dans son petit carnet ouète-ouatsheur. Elle fait la grimace et bouffe le fruit en se demandant si le bougre ne l'entendra pas quand elle va se foutre un doigt sur la luette et ainsi s'éviter de digérer le mal très Dôle.

Régine a, comme la majorité des femmes obsédées par leur poids, le syndrome de la balance qui ment. Si un être normalement constitué se voit gros, énorme, immense, quand l'aiguille (ou le chiffre LED stressé) montera sur le cadran, peu importe le résultat final, Son Immensité ne sera pas satifaite. Quand elle enfilera sa juponnette, son ventre repoussera la taille à ses limites et même si le tissu tombe, elle murmurera à son image: "j'ai perdu un peu d'eau, c'est normal." ou "chite, j'ai juste perdu 8 kilos. Je vais couper l'eau!"

Si vous voulez rire un bon coup, lisez les discussions en toute liberté sur les sites de programmes du genre. Une de mes connaissances intimes, dont je fais la popologie au fer blanc dans ces pages, s'y vautre à mots perdus. Perdre du poids pour aller voir Madonna, imaginez le délire! Comme si la célèbre voix se presserait de la féliciter. De l'obsession du poids naît souvent d'autres obsessions reliées au perfectionnisme, à une certaine forme de narcissisme quitte à sombrer dans la folie. Un peu de tour de taille ne fait pas de mal. Les os, eux, s'ils sont trop exposés, font de la sculpturale beauté une pâle esquisse de réfugié(e) d'Auschwitz. Mais si on critique le régime, on critique la personne, on touche l'intimité, la profonde difficulté de s'aimer tel qu'on est. Je n'encourage pas l'obésité, loin de là, car une personne qui se respecte ne doit pas tomber dans l'excessif, que ce soit vers l'abstinence totale de calories ou vers la goinferie pornographique.

Régine vient de se faire vomir. Elle s'en va embrasser son loup-loup qui vient de caler sa 8e bière de la soirée accompagnée d'un paquet de croustilles sans gras trans.

On change de chaîne? Clic!

mardi, juin 13, 2006

L'amour et l'argent

Avez-vous déjà tenté de combiner de l'huile et de l'eau? Ou pis encore, de l'uranium et de la nitroglycérine? C'est à peu près le portrait de l'improbable équilibre en l'amour et l'argent.

Ne vous méprenez pas: quand le sexe va, tout va.

Mais quand les frictions mènent à la scission, c'est la débandade exponentielle. Et si vous avez eu la chance, voire l'immense privilège, de vivre avec une personne pour qui le moindre cure-dent (fut-il usagé) payé par la ci-nommée est une dette à rembourser de façon impérative, alors vous êtes dans le 'k-k' jusqu'aux narines. Apprenez bien à nager car toute cette chiasserie risque de s'incruster partout, compte de banque, carte de crédit, REER, fonds de pension, bas de laine et petit cochon inclus.

C'est mon cas. Je ne dirais point les qualificatifs qui me montent à la glotte quand je remémore les derniers propos de cette être pourtant si charmant qui a envoûté jadis mes sens et ma normalité. Évidemment, je fus placé sur un piedestal, couronné de cette aura divine que les yeux aveuglés par l'amour ne voient qu'à travers une brume tantrique et intemporelle. Il suffit d'une simple poussée, vous en conviendrez, pour tomber tête première et recevoir des factures pour des papiers mouchoirs impayés, des fèves germées biologique digérées, des balais à neige froissés et d'autres pécadilles du genre. Et quand, de bon aloi, et suivant la loi du bon sens, vous tentez de faire de même en présentant vos bouts de papiers (fussent-ils des contrats signés devant notaire), la coureuse de caleçon, la lécheuse de psychogogo, la yogagaga, la gaga tout court se gargarise d'ententes factices qui, derrière le paravent de la bonne volonté, cachent une psychose névrotique que même une thérapie de groupe n'a su égratigner. Si par hasard vous croisez une femme qui transpire d'une aura de beauté rarissime, soyez prudent car derrière ces frisous et ses grands yeux de biche éplorée se terre un être narcissique dangereusement vampirique, surtout du côté monétaire. Elle se pavanera de bonheur si vous la qualifiez de déesse. Elle flottera au-dessus du smog de la bêtise humaine, le temps de vous remercier, à genoux, très certainement. Elle vous promettera fidélité béton, l'amour en liesse, le bonheur en cage doré mais le tout ne sera que décor de son théatre et gare à vous si vous déplacez la moindre petite poussière de son esprit déformé car même cette infime particule soutient la complexe insalubrité de son univers égocentrique. Elle aura beau vous convaincre du contraire, tout est calculé pour son moi-me-je, sa toute puissance artificielle que désormais je hais tant.

Mais il y a longtemps maintenant que je ne vomis plus mon venin sur elle. Je paie, tout simplement. Et elle, non.

mardi, juin 06, 2006

L'air climatisé


Je suis en manche de chemise, les coudes à l'air et je frigorifrise. J'ai un glaçon bleu qui me pendouille au bout du nez. Quelle belle saison que l'été. On rage dans la sloche en hiver. On rêve de l'été quand ça commence à fondre et quand arrive les chaleurs, on tourne le bouton de l'air climatisé à maximum dès qu'il fait plus de 26 degrés.

Peut-on s'entendre qu'on aime geler ici, au Québec? Même chose pour les vacances. On envahit les routes de la belle province pour aller se geler les orteils dans la Baie des Chaleurs (je sais, c'est le bout le plus chaud de la péninsule gaspésienne, mais quand même) ou dépenser son argent dans un motel de luxe à Kennebunk Port ou Ogunquit dans le Maine (U.S.A.) où les genoux figent dès qu'on met le petit orteil dans l'écume. Bien sûr, on fait la file pour des cornets. On met dix kilos de glace dans notre sangria ou notre limonade.

Et là je ne parle pas de ceux qui préfère se geler tout court...

Je ne voudrais pas que vous soyez en froid avec moi mais je préfère transpirer les jours de canicule et me faire un bon feu de foyer bien emmitoufflé contre ma blonde les soirs d'hiver.
C'est chaud... comme moi.

lundi, juin 05, 2006

Des ménages, m'man


Juillet arrive avec son lot de camions remplis à ras bord de la poussière de votre logement précédent. On déplace nos ménages, on tire la poignée pour pousser l'autre et on se dit qu'on nous n'y reprendra plus (pieux mensonge enfoncé dans l'incertitude vampirisante du faux-destin). On escalade de nouveaux Everest après avoir emballé nos émotions, nos ambitions et nos lotions. On regarde le soleil qui descend doucement sur le glacier (ah, non! Ça c'est 'Beau Dommage').

La clé débarre la dernière porte derrière laquelle se cache déballage. Pizza, sueurs, coup de fatigue, le couple passe l'épreuve olympique du lancer du 'j'ai le vélo' et du 'marre-à-thon'. On se couche fatigué d'être fatigué, épuisé comme un puits sans fond, les poches remplies de cartes de crédits déjà surenflées de dettes. On s'est mis en boîte, on se déballe et c'est la valse de la vaisselle dans un nouveau vaisseau. On a beau avoir une nouvelle adresse que ça ne nous pas plus habile. Une graine de monsieur bricoleur couche avec une allée toute fraîche retournée où se prélasse miss pouce vert. On fait du bingo de notre nouveau code postal et du lotto avec notre nouveau numéro de téléphone. On reçoit le courrier du coeur de l'ancienne proprio et les promos de golf de son mari découcheur. On reçoit le nôtre estampillé de bave électronique des potes despotes de la poste restituante.

Peu à peu, le frigo engraisse. Les cartons maigrissent. Les tablettes se garnissent de la poussière des livres qui vont sortir de leur petites crise existentielle comme nos ados seront moins grincheux en arrêtant de parler aux érables ou à la chaîne de trottoir. Comme le syndrome de la neige éternelle dans ruelles, celui de la rage pannetonesque s'estompe doucement, laissant l'odeur du barbecue et celui du gazon frais coupé suplanter les rumeurs d'un passé laissé derrière une porte désormais close.

Je vous laisse. Les déménageurs arivent. Il ne faut pas que j'oublie d'apporter mon coeur.