Je prends le crayon (ou je tape sur les touches du clavier) et soudain, tout mon environnement se transforme. De cet être de chair, troublé, incertain, inévitablement mortel, naît un être intemporel, une force unique qui fait un tout avec le reste de l'univers. Je suis une particule de cette énergie qui se fusionne tout à coup à la multitude des âmes. Je suis l'univers. Je suis éternel.
La lumière dans laquelle je flotte est une eau purifiante, chaude, caressante. Elle me berce et pourtant m'entraîne aussi, plus rapidement que les jambes ou qu'un jet, vers l'irrémédiable seconde suivante. Tant que j'y demeure, mes doigts courent sur la surface du papier et je badigeonne mon histoire sur le blanc incrédule. Personne n'y croit, pour le moment, sauf moi, sauf ceux qui gravitent tout près de cette force à la fois centrifuge et exponentielle. Le temps n'a plus raison de mon âme. La lumière n'est pas artificielle et passagère. La douleur de mon sang, de mes veines s'estompe pour laisser place à l'éternité. L'univers est un tout, un grand vide rempli de la puissance de l'Être. Il ne me reste plus qu'à y planter mes graines, d'entretenir l'immense jardin. Cette terre quasi inexplorée, ce lieu divin sur lequel je pose le regard m'accueille sans jugement, sans expérience, sans curriculum. Elle me prend dans ses bras et me berce comme l'enfant naissant que je suis. Et pourtant, le corps et ses blessures qui, l'instant d'avant, témoignaient de mon existence sur cette terre se bat pour me ramener à cette réalité factice.
L'écrivain, nourri de lumière, revient entre ses murs et regarde ses doigts mouillés de larmes : son berceau est encore chaud et il y reviendra tantôt, demain et encore, pour toujours.
Qui ne suis-je pas ? Un médecin, un acrobate, un simple d'esprit (quoique...), un diplomate, un alcoolique, un ramoneur. Par contre, je me plais dans l'écriture et dans le barbouillage de toiles, de cartons, et je pratique du HTML avec du PHP et j'y mêle un peu de Java, histoire de combler mon compte de banque.
jeudi, février 24, 2005
mercredi, février 23, 2005
Le Choix du Président
Le véritable luxe de la vie serait de pouvoir faire un jour ce que l'on aime vraiment, après, peut-être, l'argent suivra. C'est le propos du livre Do What You Love, The Money Will Follow1 dont on m'a dit le plus grand bien. Dans le cheminement que je suis en train de faire, c'est la grande question qui me targue, m'assaille, m'entreint, m'envahit de plus en plus.
Tout petit déjà, je tenais le crayon pour dessiner des petits bonhommes et dès que j'ai su écrire des lettres, je faisais miens des mots qui jaillissaient de mon cerveau en ébullition. Avec l'école secondaire et l'envie de faire un métier ou une profession, ces habitudes créatives ne m'ont jamais abandonné mais se sont faites plus discrètes, latentes. J'ai quand même étudié le graphisme et travaillé dans le domaine pendant une dizaine d'années jusqu'à ce que la vague informatique m'accroche au détour et que j'abandonne le feutre Pantone pour le micro-processeur Intel. Le dessin prit le chemin des boîtes de carton mais l'écriture, elle, revint à la charge, histoire de combler le vide.
Avec les ateliers auxquels j'ai participé, ceux que j'ai animés à mon tour et mes nombreux débuts de manuscrits (dont au moins trois sont terminés), je revins alors à ce qui me donnait le goût de vivre: l'écriture.
Or, me voilà chef de mon entreprise, face à des choix cruciaux pour mon avenir. Les factures, l'hypothèque, les dettes font une pression énorme sur le quotidien qui s'étire comme un vieil élastique éventé. Je suis à la pêche mais le poisson (je m'excuse auprès de mes éventuels clients mais je me dois d'associer le mot pêche à poisson car souris ou dragon ne s'y prêtent pas du tout) ne mord pas rapidement.
Grâce à ce livre, j'en suis à sérieusement considérer mes choix, et en assumer les conséquences. Et puis, en regard de ce passé qui me poursuit, je dois aussi avouer que j'ai à retrousser mes manches et me mettre à labourer et semer si je veux récolter quelque chose bientôt.
Le choix du Président sera donc celui de l'unanimité, du conseil d'administration et du comité des ressources humaines, donc de moi, de je et de tous les autres qui ne cessent de me crier en silence de faire ce move, c'est-à-dire l'écriture. Et comme dirait le jeune homme qui ne pense qu'à sa retraite dans une pub télé : «Bon, quand est-ce que je commence qu'on en finisse ?!2»
1 Do What You Love, The Money Will Follow, Marsha Sinetar, Dell Trade Paperback, 1987, ISBN 0-440-50160-1
2 Campagne REER télévisée de BMO Groupe Financier (2004-2005), Groupe Cossette
Tout petit déjà, je tenais le crayon pour dessiner des petits bonhommes et dès que j'ai su écrire des lettres, je faisais miens des mots qui jaillissaient de mon cerveau en ébullition. Avec l'école secondaire et l'envie de faire un métier ou une profession, ces habitudes créatives ne m'ont jamais abandonné mais se sont faites plus discrètes, latentes. J'ai quand même étudié le graphisme et travaillé dans le domaine pendant une dizaine d'années jusqu'à ce que la vague informatique m'accroche au détour et que j'abandonne le feutre Pantone pour le micro-processeur Intel. Le dessin prit le chemin des boîtes de carton mais l'écriture, elle, revint à la charge, histoire de combler le vide.
Avec les ateliers auxquels j'ai participé, ceux que j'ai animés à mon tour et mes nombreux débuts de manuscrits (dont au moins trois sont terminés), je revins alors à ce qui me donnait le goût de vivre: l'écriture.
Or, me voilà chef de mon entreprise, face à des choix cruciaux pour mon avenir. Les factures, l'hypothèque, les dettes font une pression énorme sur le quotidien qui s'étire comme un vieil élastique éventé. Je suis à la pêche mais le poisson (je m'excuse auprès de mes éventuels clients mais je me dois d'associer le mot pêche à poisson car souris ou dragon ne s'y prêtent pas du tout) ne mord pas rapidement.
Grâce à ce livre, j'en suis à sérieusement considérer mes choix, et en assumer les conséquences. Et puis, en regard de ce passé qui me poursuit, je dois aussi avouer que j'ai à retrousser mes manches et me mettre à labourer et semer si je veux récolter quelque chose bientôt.
Le choix du Président sera donc celui de l'unanimité, du conseil d'administration et du comité des ressources humaines, donc de moi, de je et de tous les autres qui ne cessent de me crier en silence de faire ce move, c'est-à-dire l'écriture. Et comme dirait le jeune homme qui ne pense qu'à sa retraite dans une pub télé : «Bon, quand est-ce que je commence qu'on en finisse ?!2»
1 Do What You Love, The Money Will Follow, Marsha Sinetar, Dell Trade Paperback, 1987, ISBN 0-440-50160-1
2 Campagne REER télévisée de BMO Groupe Financier (2004-2005), Groupe Cossette
mardi, février 22, 2005
Être artiste
Dans le monde contemporain, on veut tous avoir une grosse télé, une retraite dorée, un char de l'année, un job steady, bref, l'avoir est de mise. Si tu n'as pas d'avoir, tu as quoi? Rien.
Celui ou celle qui décide d'être artiste choisira peut-être de n'avoir rien d'autre que ses oeuvres, son talent, sa passion et sa solitude. Et ces avoirs ne sont ni imposables, ni remboursables. Ils sont des avoirs purs en relation direct avec l'être, ce qui est bien contrastant avec ce qu'on nous bombarde dans les pubs de trente secondes.
Et pourtant, quand on gratte la surface de monsieur-madame tout le monde, on découvre ce désir d'être quelqu'un de plus bohème, de plus vrai que celui de faire la ligne devant le guichet automatique ou de singer les bons usages pour obtenir une promotion avec un compte de dépenses. Ils nous regardent avec envie, et souvent se targuent de connaître l'Artiste devant leurs amis qui grignotent des sushis.
L'ironie, c'est que l'art (et l'artiste) ne récoltera jamais ce que notre société encourage le plus. Je n'engrange rien quand je peins; je ne récolte pas de dividendes quand j'écris; je ne fais qu'être.
Mais, dites-moi donc, où est le mal? Être artiste devrait être une fièreté, un plaisir total sans les contraintes de la très sainte église de la Banque qui nous oblige à faire comme si alors qu'on ne veut certainement pas être comme cela. Que mes mots et mes couleurs me (et vous) nourrissent, voilà ma prière d'aujourd'hui.
Celui ou celle qui décide d'être artiste choisira peut-être de n'avoir rien d'autre que ses oeuvres, son talent, sa passion et sa solitude. Et ces avoirs ne sont ni imposables, ni remboursables. Ils sont des avoirs purs en relation direct avec l'être, ce qui est bien contrastant avec ce qu'on nous bombarde dans les pubs de trente secondes.
Et pourtant, quand on gratte la surface de monsieur-madame tout le monde, on découvre ce désir d'être quelqu'un de plus bohème, de plus vrai que celui de faire la ligne devant le guichet automatique ou de singer les bons usages pour obtenir une promotion avec un compte de dépenses. Ils nous regardent avec envie, et souvent se targuent de connaître l'Artiste devant leurs amis qui grignotent des sushis.
L'ironie, c'est que l'art (et l'artiste) ne récoltera jamais ce que notre société encourage le plus. Je n'engrange rien quand je peins; je ne récolte pas de dividendes quand j'écris; je ne fais qu'être.
Mais, dites-moi donc, où est le mal? Être artiste devrait être une fièreté, un plaisir total sans les contraintes de la très sainte église de la Banque qui nous oblige à faire comme si alors qu'on ne veut certainement pas être comme cela. Que mes mots et mes couleurs me (et vous) nourrissent, voilà ma prière d'aujourd'hui.
lundi, février 21, 2005
Prière de faire suivre
Hier, je regardais le gala des Jutra (j'essaie d'éviter de perdre mon temps à voir le monde se pavaner devant un micro en remerciant à qui mieux mieux n'importe qui, mais, bon, une fois n'est pas coutume...) et je me suis mis à réfléchir sur la cause du Tibet (encore un fois) à la suite de la remise du prix pour le meilleur documentaire (Ce qu'il reste de nous de François Prévost et Hugo Latulippe) où la jolie Kalsang Dolma a prié les fortuné(e)s que nous sommes de prendre action dans le drame qui brise le Tibet depuis plus de 50 ans.
On entend toujours ces discours d'une oreille affective mais nos bras restent croisés, les doigts beurrés de maïs soufflé tandis que notre tête fait un acquiescement de petit chien au cou en ressort. Du coin de l'oeil, j'ai vu ma tendre épouse joindre ses mains, les doigts légèrement écartés, les yeux mi-fermés et je me suis dit : et si tout le monde occidental (et oriental, tant qu'à y être!) se mettait à prier l'Univers, que ce soit Dieu, Bouddha, Allah, whatever, sans penser à leur REER, à leur implants mammaires ou à la saison de hockey qui est annulée, prier que tout ce cirque cesse là-bas, pendant deux petites minutes, est-ce que ça changerait quelque chose ? Je crois que oui. Et de cet acte gratuit, purement énergétique, hautement compassionnel, naîtrait une nouvelle forme de force extraordinaire qui ferait de notre quotidien un levier pour amener les hommes et les femmes de la planète à se tourner vers les vraies choses, l'amour du divin ! Imaginez un instant : Chaque jour, on pourrait, tous ensemble, faire une prière pour les Juifs, le lendemain pour les Palestiniens, le surlendemain pour les junkies de Montréal, puis plus tard, pour les Africains...
Ça peut paraître utopique mais quand on y pense, ce seul moment commun pourrait entraîner une prière plus longue, un moment prolongé de paix et de bonté et on cesserait, ne serait-ce que momentanément, de s'entretuer, d'empiler des fortunes au détriment des moins bien nantis. On s'occuperait sincèrement de l'environnement en brûlant nos véhicules sports utilitaires, en isolant mieux nos maisons, en recyclant tout ce qu'on peut, en écoutant notre coeur plutôt qu'Occupation Double ou Desperate Housewives. On aimerait notre belle face ridée et la peau naturelle de notre chéri(e). On respirerait par le nez, pas par notre compte de banque. Et peut-être même qu'un PDG (si-i-haut) déciderait de payer des études au petit Indien de Bombay au lieu de l'exploiter et engager sa mère ou son grand frère au même salaire qu'un employé de Shermag, comme ça tout le monde pourrait aller magasiner dans un Walmart bio-équitable et syndiqué.
J'ai décidé de partir le bal. Je prie, deux petites minutes par jour. Qui veut me suivre ?
Références: Ce qu'il reste de nous (http://www.onf.ca/cequilrestedenous/)
On entend toujours ces discours d'une oreille affective mais nos bras restent croisés, les doigts beurrés de maïs soufflé tandis que notre tête fait un acquiescement de petit chien au cou en ressort. Du coin de l'oeil, j'ai vu ma tendre épouse joindre ses mains, les doigts légèrement écartés, les yeux mi-fermés et je me suis dit : et si tout le monde occidental (et oriental, tant qu'à y être!) se mettait à prier l'Univers, que ce soit Dieu, Bouddha, Allah, whatever, sans penser à leur REER, à leur implants mammaires ou à la saison de hockey qui est annulée, prier que tout ce cirque cesse là-bas, pendant deux petites minutes, est-ce que ça changerait quelque chose ? Je crois que oui. Et de cet acte gratuit, purement énergétique, hautement compassionnel, naîtrait une nouvelle forme de force extraordinaire qui ferait de notre quotidien un levier pour amener les hommes et les femmes de la planète à se tourner vers les vraies choses, l'amour du divin ! Imaginez un instant : Chaque jour, on pourrait, tous ensemble, faire une prière pour les Juifs, le lendemain pour les Palestiniens, le surlendemain pour les junkies de Montréal, puis plus tard, pour les Africains...
Ça peut paraître utopique mais quand on y pense, ce seul moment commun pourrait entraîner une prière plus longue, un moment prolongé de paix et de bonté et on cesserait, ne serait-ce que momentanément, de s'entretuer, d'empiler des fortunes au détriment des moins bien nantis. On s'occuperait sincèrement de l'environnement en brûlant nos véhicules sports utilitaires, en isolant mieux nos maisons, en recyclant tout ce qu'on peut, en écoutant notre coeur plutôt qu'Occupation Double ou Desperate Housewives. On aimerait notre belle face ridée et la peau naturelle de notre chéri(e). On respirerait par le nez, pas par notre compte de banque. Et peut-être même qu'un PDG (si-i-haut) déciderait de payer des études au petit Indien de Bombay au lieu de l'exploiter et engager sa mère ou son grand frère au même salaire qu'un employé de Shermag, comme ça tout le monde pourrait aller magasiner dans un Walmart bio-équitable et syndiqué.
J'ai décidé de partir le bal. Je prie, deux petites minutes par jour. Qui veut me suivre ?
Références: Ce qu'il reste de nous (http://www.onf.ca/cequilrestedenous/)
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