mardi, février 15, 2005

Remettre à demain

Mon drame. Mon dead-end. Ma plaie incurable. Voilà. C'est dit. C'est connu. Et c'est aussi un fait indéniable : je vais soigner cela dès demain (ou la semaine prochaine).

Non, mais... Pensez-y un instant! C'est terrible. Des scientifiques (ou des linguistes) lui ont affublé le terme de 'procrastination'. Remettre au lendemain (ou à plus tard), c'est procrastiner.

Ça fait presque 30 ans que je me dis que demain sera meilleur. Je suis assis sur une roche pointue qui m'entaille la fesse gauche, l'index droit dans la narine gauche, et j'attends zen' sait quoi. Je respire, pourtant. Et je médite de plus en plus. Il y a une grosse lumière de 2 000 watt qui est à six centimètres de mon ego et qui me brûle les sens. C'est écrit karma en dix milliards de langues et moi j'attends que le pétard saute. Comme ça, quand j'aurai la face barbouillée, je pourrai me mettre à pleurnicher et je vais pouvoir me plaindre en masse de sorte que les ceusses qui m'aiment me disent que ce n'est qu'une mauvaise passe, que je suis beau-bon-fin-smarte voire génial et je me regonflerai, frotterai ma fesse irritée et me rassirai sur le pic rocheux en me disant que je vais enfin m'y mettre demain. Parce que là, il faut que je sèche mes larmettes, que je me refasse un ego, que je me moi-tise, que je regarde l'avenir avec ma lentille wide-angle, que je planifie le tout. Et puis, j'ai du ménage à faire dans ma paperasse, des appels urgents à faire (parce que je ne les ai pas fait hier) et tralalère.

Le bal du procrastiniste, c'est une perpétuelle raison de danser en rond sur n'importe quel pied pourvu que ça te laisse sur place. Tout le monde te regarde, s'attend à ce que tu te lances à tête baissée vers la porte de sortie ou vers les marches de ta glorification, mais toi, tu restes là, à toussoter, à inventorier les excuses qui font de toi un immobile, un immeuble avec comme seul étage le sous-sol coulé dans un béton encrassé.

Terrible maladie de con.

Je me devais de l'écrire. Du reste, peut-être que ça m'ouvrira les yeux. Je vais aller me faire un café. Après, je posterai ce blogue...