Dans le monde contemporain, on veut tous avoir une grosse télé, une retraite dorée, un char de l'année, un job steady, bref, l'avoir est de mise. Si tu n'as pas d'avoir, tu as quoi? Rien.
Celui ou celle qui décide d'être artiste choisira peut-être de n'avoir rien d'autre que ses oeuvres, son talent, sa passion et sa solitude. Et ces avoirs ne sont ni imposables, ni remboursables. Ils sont des avoirs purs en relation direct avec l'être, ce qui est bien contrastant avec ce qu'on nous bombarde dans les pubs de trente secondes.
Et pourtant, quand on gratte la surface de monsieur-madame tout le monde, on découvre ce désir d'être quelqu'un de plus bohème, de plus vrai que celui de faire la ligne devant le guichet automatique ou de singer les bons usages pour obtenir une promotion avec un compte de dépenses. Ils nous regardent avec envie, et souvent se targuent de connaître l'Artiste devant leurs amis qui grignotent des sushis.
L'ironie, c'est que l'art (et l'artiste) ne récoltera jamais ce que notre société encourage le plus. Je n'engrange rien quand je peins; je ne récolte pas de dividendes quand j'écris; je ne fais qu'être.
Mais, dites-moi donc, où est le mal? Être artiste devrait être une fièreté, un plaisir total sans les contraintes de la très sainte église de la Banque qui nous oblige à faire comme si alors qu'on ne veut certainement pas être comme cela. Que mes mots et mes couleurs me (et vous) nourrissent, voilà ma prière d'aujourd'hui.
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