vendredi, février 11, 2005

Où suis-je

Un jour, quelqu'un demanda à Osho Rajneesh comment trouver Dieu. Il répondit par une question : "Vous êtes-vous donc déjà trouvé vous-même pour songer à présent à trouver Dieu ?"

Voilà qui est troublant. En fait, c'est la même réponse qui s'applique quand on se pose les questions suivantes :

Où sont mes clés ?
Où serais-je demain ?
Où est ma foi ?
Où se trouve le chemin pour aller au golf ?
Où est construite ma maison ?
etc.

Même le et caetera est troublant car il sous-entend la pléiade de questions futiles qu'on se pose alors qu'on ne sait même où on est soi-même en ce moment.

Je suis en train de lire Méditer, la voie de la perfection* qui est en fait une transcription d'une rencontre qui a eu lieu en 1964 en Inde avec Osho. Ce livre est déstabilisant, voire même décourageant. Tous ces concepts sont affreusement vrais et leur vérité est un vertige social qui me hante depuis toujours et continuera de me hanter longtemps après que j'en aurai complété la lecture.

En effet, si on prend ces mots (et qu'on les traduit en méditation pure et simple – car c'en est le but), on se retrouve assis sur un coussin à contempler l'ultime vérité, la grande illumination, le vide complet, le non-sens de nos vies à carte de crédit, à émission de télé, à téléphone cellulaire et à gras trans. On constate avec un certain effarement qu'on ignore tout simplement qui nous sommes vraiment, noyés dans la publicité, les habitudes, les acquis, la science, la religion, l'amour factice, les relations superficielles et les conversations en cul-de-sac. De quoi péter les plombs... Où suis-je, en effet ? Physiquement, je sais et je sens où je suis. Mentalement aussi, je dirais. Foncièrement, je suis nulle part. Devrais-je être en quelque part ? Ah, ah ! (s'écrierait le faux-pharmacien chauve) La résolution de ce mystère réside dans la méditation. Le vide, l'absolu absence de toute pensée, de tout objet de convoitise ou de désir crée ce lieu qui n'en est pas un au sens propre du terme. Mais, et j'insiste sur ce point, comment, moi, ce pauvre humain qui porte du nylon, qui se lave au détergent, qui bouffe une farine bio, qui lit des livres imprimés sur des fibres d'arbres qu'on a assassiné, qui écrit un blog anonyme sur le ouèbe, comment ce petit moi atrophié, mutilé par la pub, trompé par les autres êtres qui n'ont strictement rien à foutre avec la méditation et cette recherche de ce pseudo-Soi, comment donc puis-je m'épanouir pleinement et en profiter sans avoir à vendre ma maison, sacrifier mes petits (et quelques grands) bonheurs ? Ces grands penseurs, Bouddha et ses Rinpoche au visage souriant ont-ils une adresse courriel, un bol de riz gratuit parce qu'ils sont dans la Lumière ? Que puis-je faire de cette vérité quand je ne la trouverai pas... car c'est un peu ce qui arrivera, n'est-ce pas ?

Je méditerai là-dessus. En attendant, il faut que je travaille pour gagner à tout le moins, un bout de croûte et payer notre hypothèque.

Om...

*Lecture en cours: Méditation, La voie de la perfection, Osho Rajneesh, Éditions du Gange, 1997 (ISBN 2-911096-12-6)

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