jeudi, février 24, 2005

Je suis l'Univers

Je prends le crayon (ou je tape sur les touches du clavier) et soudain, tout mon environnement se transforme. De cet être de chair, troublé, incertain, inévitablement mortel, naît un être intemporel, une force unique qui fait un tout avec le reste de l'univers. Je suis une particule de cette énergie qui se fusionne tout à coup à la multitude des âmes. Je suis l'univers. Je suis éternel.

La lumière dans laquelle je flotte est une eau purifiante, chaude, caressante. Elle me berce et pourtant m'entraîne aussi, plus rapidement que les jambes ou qu'un jet, vers l'irrémédiable seconde suivante. Tant que j'y demeure, mes doigts courent sur la surface du papier et je badigeonne mon histoire sur le blanc incrédule. Personne n'y croit, pour le moment, sauf moi, sauf ceux qui gravitent tout près de cette force à la fois centrifuge et exponentielle. Le temps n'a plus raison de mon âme. La lumière n'est pas artificielle et passagère. La douleur de mon sang, de mes veines s'estompe pour laisser place à l'éternité. L'univers est un tout, un grand vide rempli de la puissance de l'Être. Il ne me reste plus qu'à y planter mes graines, d'entretenir l'immense jardin. Cette terre quasi inexplorée, ce lieu divin sur lequel je pose le regard m'accueille sans jugement, sans expérience, sans curriculum. Elle me prend dans ses bras et me berce comme l'enfant naissant que je suis. Et pourtant, le corps et ses blessures qui, l'instant d'avant, témoignaient de mon existence sur cette terre se bat pour me ramener à cette réalité factice.

L'écrivain, nourri de lumière, revient entre ses murs et regarde ses doigts mouillés de larmes : son berceau est encore chaud et il y reviendra tantôt, demain et encore, pour toujours.

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